ACTE II — SCÈNE VII i8i
CLÉANTHIS.
Tout en vous est noble et gracieux.
STRABON
Madame, à bout portant vous tirez la louange. Je veux être un maraud, si mes sens, en échange, Auprès de vos appas ne sont tous stupéfaits.
CLéANTHIS.
Peu de cœurs devant vous ont conservé leur paix.
STRABON
Ah ! madame, û est vrai qu'on est fait d'un modèle A ne pas attaquer vainement une belle.
On sait de son esprit se servir à propos ; Se plaindre, se brouiller, écrire en quatre mots. Revenir, s'apaiser, se remettre en colère ; Faire bien le jaloux et vouloir se défaire ; Commander à ses pleurs de sortir au besoin ; Être un jour sans manger, bouder seul en im coin ; Redoubler quelquefois de tendresses nouvelles. Lorsque l'on sait jouer ce rôle auprès des belles, On est bien malheureux et bien disgracié, Quand on manque, à la fin, d'en tirer aile ou pied.
CLÉANTHIS.
La nature, en naissant, vous fit l'âme sensible.
STR.\BON
Le soufre préparé n'est pas plus combustible.
CLÉANTHIS.
Ainsi donc votre cœur s'est souvent enflammé ? Vous aimiez autrefois ?
STRABON
Non, mais j'étais aimé.
i82 DÊMOCRITE
Je me suis signalé par plus d'une victoire. Mais si de vous aimer vous m'accordiez la gloire, Vous verriez tout mon cœur, par des soins étemels, Faire fumer l'encens au pied de vos autels.
CLÉANTHIS.
Mon bonheur serait pur, et ma gloire trop grande, De recevoir ici vos vœux et votre offrande ; Mais certaine raison, qui murmure en mon cœur. M'empêche de répondre à toute votre ardeur.
STRABON
A mes désirs aussi j'en ai quelqu'un contraire ; Mais où parle l'amour, la raison doit se taire.
CLÉANTHIS, à part.
Si mon traître d'époux par bonheur était mort...
STRABON, à part.
Si ma méchante femme avait fini son sort...
CLÉANTHIS, à part.
Que je me serais fait un bonheur de lui plaire !
STRABON, à part.
Que nous aurions bientôt terminé notre affaire !
CLÉANTHIS, à Strabon.
Votre abord est si tendre et si persuasif...
STRABON, à Cléanthis.
Vous avez un aspect tellement attractif...
CLÉANTHIS.
Que d'un charme puissant on se sent ravir l'âme.
STRABON
Qu'en vous voyant paraître, aussitôt on se pâme.