‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 116 sur 345 · ACTE III — SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE III — SCÈNE IV

Un animal venu d'une terre étrangère :

Chacun ouvre les yeux et me prend pour un ours. Je ne suis point taillé pour habiter les cours. Que dirait -on de voir un homme de mon âge Des airs d'un courtisan faire l'apprentissage ? Non, seigneur, à tel point je ne puis m'oubher. Ni jusqu'à cet excès descendre et me plier. Ainsi, pour faire bien, permettez que sur l'heure Nous allions tous revoir notre ancienne demeure : Strabon, Criséis, moi, nous vous en prions tous.

STRABON, à Démocrite.

Halte-là, s'il vous plaît ; ne parlez que pour vous.

En ce lieu, plus qu'ailleurs, je suis, moi, dans ma sphère.

AGÉLAS.

Si Criséis le veut, je consens à tout faire.

A Criséis.

Parlez, expliquez- vous.

CRISÉIS.

Seigneur, l'obscurité Conviendrait beaucoup mieux à ma simplicité : Mais, s'il faut devant vous dire ce que l'on pense. Ce beau lieu me retient sans nulle violence ; Et, s'n m'était permis de me faire un séjour, Je n'en choisirais point d'autre que votre cour.

STRABON, à part.

Quel heureux naturel ! le charmant caractère ! Je ne répondrais pas mieux qu'elle vient de faire.

DÉMOCRITE, à Criséis.

C'est fort bien fait ! la cour a pour vous des appas ? Quoi ! vous pourriez vous plaire en un lieu de fracas. Où l'envie a choisi sa demeure ordinaire. Où l'on ne fait jamais ce que l'on voudrait faire.

192 DÉMOCRITE

Où l'humeur se contraint, où le cœur se dément, Où tout le savoir-faire est un raffinement ; Où les grands, les petits sont, d'une ardeur commune. Attelés jour et nuit au char de la fortime ?

AGÉLAS, à Démocrite.

La cour qu'en ce tableau vous nous représentez. Vous ne la prenez pas par ses plus beaux côtés.

STRABON

Hé ! non, non.

AGÉLAS.

Quelque aigreur que cette cour vous laisse. Convenez que toujours l'esprit, la politesse, Le bon air naturel et le goût délicat. Plus qu'en nul autre endroit, y sont dans leur éclat.

STRA.BON

Sans doute.

AGÉLAS.

Que le sexe y tient un doux empire ; Qu'on rend à la beauté les respects qu'elle attire ; Et que deux yeux charmants, tels qu'à présent j'en vois, Peuvent prétendre ici les honneurs dus aux rois. Mais une autre raison, que près de vous j'em-ploie. Et qui vous comblera d'une parfaite joie. Doit, malgré vos dégoûts, vous fixer à la cour.

DÉMOCRITE

Et quelle est, s'il vous plaît, cette raison ?

AGÉLAS.

L'amour.

DÉMOCRITE

L'amour ! De passions me croyez- vous capable ?

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