‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 13 sur 345 · ACTE I — SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE I — SCÈNE VII

HECTOR, à part.

Il n'est pas temps de rire.

GÉRONTE

Pour la dernière fois, mon fils, je viens vous dire Que votre train de vie est si fort scandaleux. Que vous m'obligerez à quelque éclat fâcheux. Je ne puis retenir ma bile davantage.

Et ne saurais souffrir votre libertinage. Vous êtes pilier-né de tous les lansquenets. Qui sont, pour la jeunesse, autant de trébuchets. Un bois plein de voleurs est un plus sûr passage ; Dans ces lieux, jour et nuit, ce n'est que brigandage. Il faut opter des deux, être dupe ou fripon.

HECTOR

Tous ces jeux de hasard n'attirent rien de bon. J'aime les jeux galants où l'esprit se déploie.

A Géronte.

C'est, monsieur, par exemple, un joli jeu que l'oie.

GÉRONTE, à Hector.

Tais-toi.

A Valère.

Non, à présent le jeu n'est que fureur : On joue argent, bijoux, maisons, contrats, honneur ; Et c'est ce qu'une femme, en cette humeur à craindre. Risque plus volontiers, et perd plus sans se plaindre.

HECTOR

Oh ! nous ne risquons pas, monsieur, de tels bijoux.

GÉRONTE

Votre conduite enfin m'enflamme de courroux ; Je ne puis vous souffrir vivre de cette sorte : Vous m'avez obligé de vous fermer ma porte ; J'étais las, attendant chez moi votre retour. Qu'on fît du jour la nuit, et de la nuit le jour.

HECTOR

C'est bien fait. Ces joueurs qui courent la fortune Dans leurs dérèglements ressemblent à la lune, Se couchant le matin, et se levant le soir.

Vous me poussez à bout ; mais je vous ferai voir Que, si vous ne changez de vie et de manière. Je saurai me servir de mon pouvoir de père, Et que de mon courroux vous sentirez l'effet.

HECTOR, à Valère.

Votre père a raison.

GÉRONTE

Comme le voilà fait !

Débraillé, mal peigné, l'œil hagard ! A sa mine, On croirait qu'il viendrait, dans la forêt voisine. De faire un mauvais coup.

HECTOR, à part.

On croirait vrai de lui :

Il a fait trente fois coupe-gorge aujourd'hui.

GÉRONTE

Serez-vous bientôt las d'une telle conduite ? Parlez, que dois- je enjfin espérer dans la suite ?

VALÈRE

Je reviens aujourd'hui de mon égarement, Et ne veux plus jouer, mon père, absolument.

HECTOR, à part.

Voilà du fruit nouveau dont son fils le régale.

GÉRONTE

Quand ils n'ont pas un sou, voilà de leur morale.

VALÈRE

J'ai de l'argent encore ; et, pour vous contenter, De mes dettes je veux aujourd'hui m' acquitter.

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