ACTE IV — SCÈNE VII
Et mon sort, de tout point, est si conforme au vôtre, Qu'il semble que le ciel nous ait faits l'im pour l'autre ^
CLÉANTHIS, à part.
Homme, veuf, ni garçon !
STRABON, à part.
Fille, femme, ni veuve !
CLÉANTHIS, à part.
Le cas est tout nouveau.
STRABON, à part.
L'aventure est très neuve.
A Cléanthis.
Depuis quand, s'il vous plaît, vivez- vous sans époux ?
CLÉANTHIS.
Depuis près de vingt ans je goûte un sort si doux. J'avais pris un mari fourbe, plein d'injustices. Qui d'aucune vertu ne rachetait ses vices, Ivrogne, débauché, scélérat, ombrageux.
Pour sa mort je faisais tous les jours mille vœux. Enfin, le ciel plus doux, touché de ma misère. Lui fit naître en l'esprit un dessein salutaire ; Il partit, me laissant, par bonheur, sans enfants.
STRABON
C'est tout comme chez nous. Depuis le même temps.
Inspiré par le ciel, je quittai ma patrie,
Pour fuir loin de ma femme, ou plutôt ma furie.
Jamais un tel démon ne sortit des enfers.
C'était im vrai lutin, im esprit de travers.
Un vieux singe en malice, insolente, revêche,
Coquette, sans esprit, menteuse, pigrièche.
A la noyer cent fois je m'étais attendu ;
Mais je n'en ai rien fait, de peur d'être pendu.
^ Après ce vers il en manque deux de rime masculine.
2i6 DÉMOCRITE
CLÉANTHIS.
Cette femme vous est vraiment bien obligée !
STRABON
Bon \ tout autre que moi ne l'eût point ménagée. Elle aurait fait le saut.
CLÉANTHIS.
Et de grâce, en quels lieux Aviez- vous épousé ce chef-d'œuvre des cieux ?
STRABON
Dans Argos.
CLÉANTfflS, à part.
Dans Argos !
Où la fortune a-t-elle ]\Iis en vos mains l'époux d'un si rare modèle ?
CLÉANTHIS.
Dans Argos.
STRABON, à part.
Dans Argos !
Haut.
Et, s'n vous plaît, quel nom Portait ce cher époux ?
CLÉANTHIS.
Il se nom^mait Strabon.
STRABON
Strabon !
A part.
Haï.
CLÉANTHIS.
Pourrait-on aussi, sans vous déplaire,