SCÈNE PREMIÈRE AGATHE, LISETTE
LISETTE
Lorsqu'en un plein repos chacun encor sommeille, Quel démon, s'il vous plaît, vous tire par l'oreille. Et vous fait hasarder de sortir si matm ?
AGATHE
Paix, tais-toi, parle bas ; tu sauras mon dessein. Éraste est de retour.
LISETTE
Éraste ?
AGATHE
D'Italie.
D'où savez-vous cela, madame, je vous prie ?
AGATHE
J'ai cru le voir hier paraître dans ces lieux ;
Et j'en crois plus mon cœur encore que mes yeux.
LISETTE
Je ne m'étonne plus que votre diligence
Ait du seigneur Albert trompé la vigilance.
Par ma foi, c'est un guide excellent que l'amour !
AGATHE
J'étais à ma fenêtre, en attendant le jour.
Quand quelqu'un est sorti : voyant la porte ouverte,
J'ai saisi promptement l'occasion offerte.
Tant pour prendre le frais que pour flatter l'espoir
Qui pourrait attirer Éraste pour me voir.
LISETTE
Vous n'avez pas envie, à ce qu'on peut comprendre. Que le pauvre garçon s'enrhume à vous attendre. Il arrive le soir ; et vous, au point du jour, Vous l'attendez ici pour flatter son amour : C'est perdre peu de temps. Mais si, par aventure, Albert, votre tuteur, jaloux de sa nature, Vient à nous rencontrer, que dira-t-il de nous ?
Je me veux affranchir du pouvoir d'un jaloux : J'ai trop longtemps langui sous son cruel empire : Je lève enfin le masque ; et, quoi qu'il puisse dire. Je veux, sans nul égard, lui montrer désormais Comme je prétends vivre, et combien je le hais.
LISETTE
Que le Ciel vous maintienne en ce dessein louable ! Pour moi, j'aimerais mieux cent fois servir le diable. Oui, le diable : du moins, quand il tiendrait sabbat. J'aurais quelque repos. Mais, dans mon triste état, Soir, matin, jour ou nuit, je n'ai ni paix ni trêve : Si cela dure encore, il faudra que je crève.