‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 146 sur 345 · ACTE I — SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I — SCÈNE I

Tant que le jour est long, il gronde entre ses dents : « Fais ceci, fais cela ; va, viens ; monte, descends ; « Fais bien la guerre à l'œil ; ferme porte et fenêtre ; « Avertis, si de loin tu vois quelqu'un paraître. » Il s'arrête, il s'agite, il court sans savoir où ; Toute la nuit il rôde ainsi qu'un loup-garou ; Il ne nous permet pas de fermer la prunelle ; Lui, quand il dort d'un œil, l'autre fait sentinelle ; Il n'a ri de sa vie ; il est jaloux, fâcheux. Brutal à toute outrance, avare, dur, hargneux. J'aimerais mieux chercher mon pain de porte en porte, Que servir plus longtemps un maître de la sorte.

AGATHE

Lisette, tous nos maux vont finir désormais. Qu'Éraste est différent du portrait que tu fais ! Dès mes plus tendres ans chez sa mère nourrie. Nos cœurs se sont trouvés liés de sympathie ; Et l'amour acheva, par des nœuds plus charmants. De nous unir encor par ses engagements. Plutôt que de souffrir la contrainte effroyable Oui depuis quelque temps et me gêne et m'accable, Je serais fille à prendre un parti violent ; Et, sous un habit d'homme, en chevalier errant. Pour m' affranchir d'Albert et de ses lois si dures, J'irais par le pays chercher des aventures.

Oh ! sans aller si loin, ici, quand vous voudrez. Je vous suis caution que vous en trouverez.

AGATHE

Tu ne sais pas encor quel est mon caractère, Quand on m'impose un joug à mon humeur contraire. J'ai vécu dans le monde au milieu des plaisirs ; La contrainte où je suis irrite mes désirs.

Présentement qu'Éraste à m' épouser s'apprête, Mille vivacités me passent par la tête. J'ai du cœur, de l'esprit, du sens, de la raison ; Et tu verras dans peu des traits de ma façon. Mais comment du château la porte est-elle ouverte ?

LISETTE

Bon ! votre vieux Cerbère est à la découverte ;

Faut-il le demander ? Il rôde dans les champs :

Il fait toute la nuit sentinelle en dedans,

Et sur le point du jour il va battre l'estrade.

S'il pouvait, par bonheur, choir en quelque embuscade

Et que des égrillards, avec de bons bâtons...

Mais paix ; j'entends du bruit ; quelqu'un vient : écoutons.

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