ACTE I — SCÈNE II
Mais j'entends quelque bruit ; et, dans le crépuscule, J'entrevois quelque objet qui marche et qui recule. Approchons. Qui va là ? Personne ne répond. Ce silence affecté ne me dit rien de bon.
LISETTE, bas.
Je tremble.
ALBERT
C'est Lisette : Agathe est avec elle.
AGATHE
Est-ce donc vous, monsieur, qui faites sentinelle ?
ALBERT
Oui, oui, c'est moi, c'est moi. Mais, à l'heure qu'il est. Que venez-vous chercher en ce lieu, s'il vous plaît ?
AGATHE
De dormir ce matin n'ayant aucune envie, Lisette et moi, monsieur, nous avons fait partie D'être devant le jour sous ces arbres épais. Pour voir naître l'aurore et respirer le frais.
Oui.
ALBERT
Respirer le frais et voir l'aurore naître, Tout cela se pouvait faire à votre fenêtre. Ici, pour me trahir, vous êtes de complot.
LISETTE, à part.
Que ce serait bien fait !
ALBERT, à Lisette.
Que dis-tu ?
LISETTE
Pas le mot.
ALBERT
Des filles sans intrigue, et qui sont retenues, Sont, à l'heure qu'il est, dans leur lit étendues. Donnent tranquillement, et ne vont point sitôt Prendre dans une cour ni le froid ni le chaud.
LISETTE, à Albert.
Et comment, s'il vous plaît, voulez- vous qu'on repose ;
Chez vous, toute la nuit, on n'entend d'autre chose
Qu'aller, venir, monter, fermer, descendre, ouvrir,
Crier, tousser, cracher, étemuer, courir.
Lorsque, par grand hasard, quelquefois je sommeille.
Un bruit affreux de clefs en sursaut me réveille.
Je veux me rendormir, mais point : im juif errant,
Oui fait du mal d' autrui son plaisir le plus grand.
Un lutin, que l'enfer a vomi sur la terre
Pour faire aux gens dormants une étemelle guerre.
Commence son vacarme, et nous lutine tous.
ALBERT
Et quel est ce lutin et ce juif errant ?
LISETTE
Vous.
ALBERT
Moi?
LISETTE
Oui, vous. Je croyais que ces brusques manières Venaient de quelque esprit qui voulait des prières ; Et, pour mieux m'éclaircir, dans ce fâcheux état, Si c'était âme ou corps qui faisait ce sabbat. Je mis, un certain soir, à travers la montée, Une corde aux deux bouts fortement arrêtée : Cela fit tout l'effet que j'avais espéré. Sitôt que pour dormir chacun fut retiré, En personne d'esprit, sans bruit et sans chandelle.