SCÈNE V ALBERT, CRISPIN
CRISPIN, à part.
Mon maître, qui m'attend au cabaret prochain. M'envoie ici devant pour sonder le terrain. Voilà, je crois, notre homme ; il faut feindre de sorte.
ALBERT
Que faites-vous ici seul, et devant ma porte ?
CRISPIN
Bonjour, monsieur.
ALBERT
Bonjour,
CRISPIN
Vous portez-vous bien ?
Oui.
CRISPIN
En vérité, j'en ai le cœur bien réjoui.
ALBERT
Content, ou non content, quel sujet vous attire ? Et quel homme êtes- vous ?
CRISPIN
J'aurais peine à le dire.
J'ai fait tant de métiers, d'après le naturel, Que je puis m'appeler un homme universel. J'ai couru l'univers ; le monde est ma patrie : Faute de revenu, je vis de l'industrie, Comme bien d'autres font ; selon l'occasion. Quelquefois honnête homme, et quelquefois fripon. J'ai servi volontaire un an dans la marine ; Et, me sentant le cœur enclin à la rapine, Après avoir été dix-huit mois flibustier. Un mien parent me fit apprenti maltôtier. J'ai porté le mousquet en Flandre, en Allemagne ; Et j'étais miquelet dans les guerres d'Espagne.
ALBERT
Voilà bien des métiers !
A part.
Du bas jusques en haut, Cet homme me paraît avoir l'air d'un maraud.