ACTE I — SCÈNE V
Haut.
Que faites- vous ici ? Parlez.
Je me retire.
ALBERT
Non, non ; il faut pr<.rler.
CRISPIN, à part.
Je ne sais que lui dire.
ALBERT
Vous me portez tout l'air d'être de ces fripons Qui rôdent pour entrer la nuit dans les maisons.
CRISPIN
Vous me connaissez mal ; j'ai d'autres soins en tête. Tandis que le hasard dans ce séjour m'arrête. Ayant pour bien des maux des secrets merveilleux, Je m'amuse à chercher des simples dans ces lieux.
ALBERT
Des simples ?
CRISPIN
Oui, monsieur, tout le temps de ma vie. J'ai fait profession d'exercer la chimie. Tel que vous me voyez, il n'est guère de maux Où je ne sache mettre un remède à propos ; Pierre, gravelle, toux, vertige, maux de mère : On m'a même accusé d'avoir un caractère. Il ne s'en est fallu qu'un degré de chaleur, Pour être de mon temps le plus heureux souffleur.
ALBERT
Cet habit cependant n'est pas de compétence.
Vous savez que l'habit ne fait pas la science ; Et je ne serais pas réduit d'être valet, Si je n'avais eu bruit avec le Cliâtelet. Mais un jour on verra triompher l'innocence.
ALBERT
Vous avez, dit es- vous...
CRISPIN
Voyez la médisance !
Certain jour, me trouvant le long d'un grand chemin, Moi troisième, et le jour étant sur son déclin, En un certain bourbier j'aperçus certain coche : En homme secourable aussitôt je m'approche ; Et, pour le soulager du poids qui l'arrêtait, J'ôtai des magasins les paquets qu'il portait. On a voulu depuis, pour ce trait charitable, De ces paquets perdus me rendre responsable : Le prévôt s'en mêlait ; c'est pourquoi mes amis Me conseillèrent tous de quitter le pays. .
ALBERT
C'est agir prudemment en affaires pareilles.
CRISPIN
J'arrive de la guerre, où j'ai fait des merveilles. Les Ardennes m'ont vu soutenir tout le feu. Et batailler un jour, seul, contre un parti bleu. J'ai, dans le Milanais, payé de ma personne. Savez- vous bien, monsieur, que j'étais dans Crémone ?
ALBERT
Je vous crois. Mais, après tous ces exploits fameux. Que voulez- vous enfin de moi ?