‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 168 sur 345 · ACTE II — SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE II — SCÈNE VI

Mais encor faut -il bien savoir ce qui se passe.

LISETTE

Agathe...

ÉRASTE

Eh bien ! Agathe ?

LISETTE

Agathe, en ce moment, Vient de devenir folle, et tout subitement.

ALBERT

Agathe est folle !

ÉRASTE

Ah ciel !

ALBERT

Cela n'est pas croyable.

LISETTE

Ah ! monsieur, ce malheur n'est que trop véritable. Quand, par votre ordre exprès, elle a vu travailler Ce maudit serrurier, venu pour nous griller ; Qu'elle a vu ces barreaux et ces grilles paraître. Dont ce noir forgeron condamnait sa fenêtre. J'ai, dans le même instant, vu ses yeux s'égarer. Et son esprit frappé soudain s'évaporer. EUe tient des discours remplis d'extravagance ; Elle court, elle grimpe, elle chante, elle danse. Elle prend un habit, puis le change soudain, Avec ce qu'elle peut rencontrer sous sa main. Tout à l'heure elle a mis, dans votre garde-robe. Votre large calotte ^ et votre grande robe ;

^ C'est ainsi que portent l'édition originale, celle de 1728 et celle de 1750. Dans d'autres éditions, on lit culotte au lieu de calotte.

Puis, prenant sa guitare, elle a, de sa façon. Chanté différents airs en différent jargon. Enfin, c'est cent fois pis que je ne puis vous dire : ' On ne peut s'empêcher d'en pleurer et d'en rire.

ÉRASTE

Qu'entends- je ? juste ciel !

ALBERT

Quel funeste malheur !

LISETTE

De ce triste accident vous êtes seul l'auteur ; Et voilà ce que c'est que d'enfermer les filles !

ALBERT

Maudite prévoyance, et malheureuses grilles !

LISETTE

J'ai voulu dans sa chambre un moment l'enfermer C'était des hurlements qu'on ne peut exprimer : De rage elle battait les murs avec sa tête. J'ai dit qu'on ouvre tout, et qu'aucun ne l'arrête. Mais je la vois venir.

Page 1