ACTE III — SCÈNE IV
LISETTE
Quelle fécondité ? quatorze ?
AGATHE
Oui, tout grouillants, Et tous garçons encor ; je n'en avais point d'autres. Et n'en voyais aucun tourné comme les nôtres. Mais ce sont des fripons, et qui finiront mal : Les malheureux voudraient me voir à l'hôpital. Croiriez-vous que, depuis la mort de feu leur père, Ils m'ont, jusqu'à présent, chicané mon douaire ? Un douaire gagné si légitimement !
ALBERT, à part.
Hélas ! peut-on plus loin pousser l'égarement ?
LISETTE, à part.
La friponne, ma foi, joue, à charmer, ses rôles.
AGATHE, à Albert.
J'aurais très grand besoin de quelque cent pistoles ; Prêtez-les-moi, monsieur, pour subvenir aux frais, Et pour faire juger ce malheureux procès.
ALBERT
Tu rêves, mon enfant : mais, pour te satisfaire. J'avancerai les frais, et j'en fais mon affaire.
AGATHE
Si je n'ai cet argent, ce jour, en mon pouvoir, Mon unique recours sera le désespoir.
ALBERT
Mais songe, mon enfant...
Vous êtes honnête homme ; Ne me refusez pas, de grâce, cette somme.
ALBERT, bas à Éraste.
Je veux flatter son mal.
ÉRASTE, bas à Albert.
Vous ferez sagement.
Il ne faut pas, de front, heurter son sentiment.
LISETTE, bas à Albert.
Si VOUS lui résistez, elle est fille, peut-être, A s'aller, de ce pas, jeter par la fenêtre.
ALBERT, bas.
D'accord.
LISETTE, bas.
Il me souvient que vous avez tantôt Reçu ces cent louis, ou du moins peu s'en faut : Quel risque à ses désirs de vouloir condescendre ?
ALBERT, bas.
Il est vrai qu'à l'instant je pourrai lui reprendre.
Haut, à Agathe.
Tiens, voilà cet argent : va, puissent au procès Ces cent louis prêtés donner un bon succès !
AGATHE, prenant la bourse.
Je suis sûre à présent du gain de notre affaire : Mais ce secours m'était tout à fait nécessaire. Donne à mon procureur, Lisette, cet argent : Je crois qu'à me servir il sera diligent.
LISETTE
Il n'y manquera pas.
ÉRASTE
Comptez aussi, madame, Que je veux vous servir, et de toute mon âme.
AGATHE
Je reviens sur mes pas fen habit plus décent, Pour aller avec vous, dans ce besoin pressant,