ALBERT, ÉRASTE, AGATHE, LISETTE, CRISPIN
AGATHE, en justaucoi-ps, avec un bonnet de dragon.
Morbleu, vive la guerre !
Je ne puis plus rester inutile sur terre. Mon équipage est prêt.
A Éraste.
Ah ! marquis, en ce lieu Je te trouve à propos, et viens te dire adieu. J'ai trouvé de l'argent pour faire ma campagne ; Et cette nuit enfin je pars pour l'Allemagne.
1 Ce vers est conforme à l'édition originale et à celle de 1728. Dans d'autres éditions, on lit :
De l'habit dont jadis elle courait le bal, Elle s'est mise en homme. En cet excès fatal, Elle a pris aussitôt un attirail de guerre, etc.
ALBERT
Ciel ! quel égarement !
AGATHE
Parbleu ! les officiers Sont malheureux d'avoir affaire aux usuriers : Pour tirer de leurs mains cent mauvaises pistoles, Il faut plus s'intriguer, et plus jouer de rôles ! Celui qui m'a prêté son argent, je le tien Pour le plus grand coquin, le plus juif, le plus chien Que l'on puisse trouver en affaires pareilles : Je voudrais que quelqu'un m'apportât ses oreilles. Enfin me voilà prêt d'aller servir le roi ; Il ne tiendra qu'à toi de partir avec moi.
ÉRASTE
Partout où vous irez, je suis de la partie.
Bas à Albert.
Il faut, avec prudence, entrer dans sa manie.
AGATHE
Je quitte avec plaisir l'étendard de l'Amour. Je puis, sous ses drapeaux, aller loin quelque jour. J'ai mille qualités, de l'esprit, des manières ; Je sais l'art de réduire aisément les plus fières. Mais quoi ! que voulez- vous ? je ne suis point leur fait, Le beau sexe sur moi ne fit jamais d'effet. La gloire est mon penchant ; cette gloire inhumaine A son char éclatant en esclave m'enchaîne. Ce pauvre sexe meurt et d'amour et d'ennui. Sans que je sois tenté de rien faire pour lui. Plus de délais : je cours où la gloire m'appelle. A Crispin.
Amène mes chevaux. L'occasion est belle ; Partons, courons, volons.
Éraste parle bas à Agathe.