ACTE III — SCÈNE X
CRISPIN, à Albert.
Je ne la quitte pas, Et suis prêt à la suivre au milieu des combats.
Albert surprend Éraste parlant bas à Agathe, ÉRASTE, à Albert.
J'examinais ses yeux. A ce qu'on peut comprendre. Quelque accès violent sans doute va la prendre. Lequel sera suivi d'un assoupissement :
Ordonnez qu'on apporte un fauteuil vitement.
Qu'il me tarde déjà d'être au champ de la gloire ! D'aller aux ennemis arracher la victoire ! Que de veuves en deuil ! que d'amantes en pleurs ! Enfants, suivez-moi tous ; ranimez vos ardeurs. Je vois dans vos regards briller votre courage. Que tout ressente ici l'horreur et le carnage. La baïonnette au bout du fusil. Ferme ; bon : Frappez. Serrez vos rangs ; percez cet escadron. Les coquins n'oseraient soutenir notre vue. Ah ! marauds, vous fuyez ! Non, point de quartier ! tue. Elle tombe comme évanouie dans un fauteuil.
GRISPIN.
En peu de temps, voilà bien du sang répandu.
ALBERT
Sans espoir de retour elle a l'esprit perdu.
CRISPIN
Tout se prépare bien ; je la vois qui repose.
Il parle à l'écart à Albert, tandis qu'Éraste parle bas à Agathe. Son mal, à mon avis, ne provient d'autre chose Que d'une humeur contrainte, un esprit irrité. Qui veut avec effort se mettre en liberté. Quelque démon d'amour a saisi son idée.
LISETTE
Comment ! la pauvre fille est-elle possédée ?
CRISPIN
Ce démon violent, dont il la faut sauver,
Est bien fort, et pourrait dans peu nous l'enlever.
Si j'avais un sujet, dans cette maladie.
En qui je fisse entrer cet esprit de folie,
Je vous répondrais bien...
ALBERT
Lisette est un sujet Qui, sans aller plus loin, vous servira d'objet.
LISETTE
Je vous baise les mains, et vous donne parole Que je n'en ferai rien : je ne suis que trop folle.
ÉRASTE, à Crispin.
Hâtez- VOUS donc. Son mal augmente à chaque instant
CRISPIN
Malepeste ! ceci n'est pas un jeu d'enfant.
On ne saurait agir avec trop de prudence.
Quand dans le corps d'un homme un démon prend séance
Je puis, sans me' flatter, l'en tirer aisément ;
Mais dans un corps femelle il tient bien autrement.
ÉRASTE, à Albert.
Pour savoir aujourd'hui jusqu'où va sa science, Je veux bien me livrer à son expérience. Je commence à douter de l'effet ; et je croi Qu'il s'est voulu moquer et de vous et de moi. Je veux l'embarrasser.