‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 19 sur 345 · ACTE II — SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II — SCÈNE II

ANGÉLIQUE

Moi ? non : dans ce dessein nos humeurs sont conformes.

NÉRINE

Il a, ma foi, reçu son congé dans les formes.

LA COMTESSE

C'est bien fait. Puisque enfin vous renoncez à lui. Je vais l'épouser, moi.

ANGÉLIQUE

L'épouser ?

LA COMTESSE

Aujourd'hui.

ANGÉLIQUE

Ce joueur, qu'à l'instant...

LA COMTESSE

Je saurai le réduire.

On sait sur les maris ce que l'on a d'empire.

ANGÉLIQUE

Quoi ! vous voulez, ma sœur, avec cet air si doux, Ce maintien réservé, prendre un nouvel époux ? -

LA COMTESSE

Et pourquoi non, ma sœur ? Fais- je donc un grand crime De rallumer les feux d'un amour légitime ? J'avais fait vœu de fuir tout autre engagement. Pour garder du défunt le souvenir charmant. Je portais son portrait ; et cette vive image Me soulageait un peu des chagrins du veuvage : Mais qu'est-ce qu'un portrait, quand on aime bien fort ? C'est un époux vivant qui console d'un mort.

NÉRINE

Madame n'aime pas les maris en peinture.

LA COMTESSE

Cela racquitte-t-il d'une perte aussi dure ?

NÉRINE

C'est irriter le mal, au lieu de l'adoucir.

ANGÉLIQUE

Connaisseuse en maris, vous deviez mieux choisir. Vous unir à Valère !

LA COMTESSE

Oui, ma sœur, à lui-même.

ANGÉLIQUE

Mais vous n'y pensez pas. Croyez-vous qu'il vous aime 'i

LA COMTESSE

S'il m'aime, lui ! s'il m'aime ! Ah ! quel aveuglement ! On a certains attraits, un certain enjoûment, Que personne ne peut me disputer, je pense.

ANGÉLIQUE

Après un si long temps de pleine jouissance. Vos attraits sont à vous sans contestation.

LA COMTESSE

Et je puis en user à ma discrétion.

Sans doute. Et je vois bien qu'il n'est pas impossible Que Valère pour vous ait eu le cœur sensible. L'or est d'un grand secours pour acheter im cœur : Ce métal, en amour, est un grand séducteur.

LA COMTESSE

En vain vous m'insultez avec un tel langage ;

La modération fut toujours mon partage :

Mais ce n'est point par l'or que brillent mes attraits.

Et jamais, en aimant, je ne fis de faux frais.

Mes sentiments, ma sœur, sont différents des vôtres ;

Si je connais l'amour, ce n'est que dans les autres.

J'ai beau m'armer de fier, je vois de toutes parts

MiUe cœurs amoureux suivre mes étendards :

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