ACTE II — SCÈNE II
ANGÉLIQUE
Moi ? non : dans ce dessein nos humeurs sont conformes.
NÉRINE
Il a, ma foi, reçu son congé dans les formes.
LA COMTESSE
C'est bien fait. Puisque enfin vous renoncez à lui. Je vais l'épouser, moi.
ANGÉLIQUE
L'épouser ?
LA COMTESSE
Aujourd'hui.
ANGÉLIQUE
Ce joueur, qu'à l'instant...
LA COMTESSE
Je saurai le réduire.
On sait sur les maris ce que l'on a d'empire.
ANGÉLIQUE
Quoi ! vous voulez, ma sœur, avec cet air si doux, Ce maintien réservé, prendre un nouvel époux ? -
LA COMTESSE
Et pourquoi non, ma sœur ? Fais- je donc un grand crime De rallumer les feux d'un amour légitime ? J'avais fait vœu de fuir tout autre engagement. Pour garder du défunt le souvenir charmant. Je portais son portrait ; et cette vive image Me soulageait un peu des chagrins du veuvage : Mais qu'est-ce qu'un portrait, quand on aime bien fort ? C'est un époux vivant qui console d'un mort.
NÉRINE
Madame n'aime pas les maris en peinture.
LA COMTESSE
Cela racquitte-t-il d'une perte aussi dure ?
NÉRINE
C'est irriter le mal, au lieu de l'adoucir.
ANGÉLIQUE
Connaisseuse en maris, vous deviez mieux choisir. Vous unir à Valère !
LA COMTESSE
Oui, ma sœur, à lui-même.
ANGÉLIQUE
Mais vous n'y pensez pas. Croyez-vous qu'il vous aime 'i
LA COMTESSE
S'il m'aime, lui ! s'il m'aime ! Ah ! quel aveuglement ! On a certains attraits, un certain enjoûment, Que personne ne peut me disputer, je pense.
ANGÉLIQUE
Après un si long temps de pleine jouissance. Vos attraits sont à vous sans contestation.
LA COMTESSE
Et je puis en user à ma discrétion.
Sans doute. Et je vois bien qu'il n'est pas impossible Que Valère pour vous ait eu le cœur sensible. L'or est d'un grand secours pour acheter im cœur : Ce métal, en amour, est un grand séducteur.
LA COMTESSE
En vain vous m'insultez avec un tel langage ;
La modération fut toujours mon partage :
Mais ce n'est point par l'or que brillent mes attraits.
Et jamais, en aimant, je ne fis de faux frais.
Mes sentiments, ma sœur, sont différents des vôtres ;
Si je connais l'amour, ce n'est que dans les autres.
J'ai beau m'armer de fier, je vois de toutes parts
MiUe cœurs amoureux suivre mes étendards :