PROLOGUE
MERCURE
Si Plaute a fait en ce lieu sa retraite, Où donc reverrons-nous nos rimeurs d'aujourd'hui ?
APOLLON
Un poète aisément s'endort dans la mollesse. L'abondance souvent, unie à la paresse,
Sèche sa veine et la tarit ; Mais la nécessité réveille son esprit.
MERCURE
Enfin, quel qu'ait été votre sort domestique, Je viens, charmé de vos talents.
Vous demander une pièce comique.
De celles que dans Rome on vit de votre temps,
Pour savoir si le goût antique Trouverait à Paris encor ses partisans.
PLAUTE
J'en doute fort. Les caractères, Les esprits, les mœurs, les manières,
En près de deux mille ans ont bien changé, je croi. Et, par exemple, dites-moi,
A Paris aujourd'hui de quel goût sont les dames ?
MERCURE
Mais... elles sont du goût des femmes.
PLAUTE
A Rome, de mon temps, Hbres dans leurs soupirs. Elles ne trouvaient point l'hymen un esclavage ; Et, faisant du divorce un légitime usage. Elles changeaient d'époux au gré de leurs désirs.
MERCURE
Oh ! ce n'est plus le temps. Une loi plus austère Fixe une femme au premier choix :
Elle ne peut avoir qu'un époux à la fois ;
Mais un usage moins sévère Aux coquettes du temps permet encor parfois D'avoir autant d'amis qu'elles en peuvent faire.
APOLLON
C'est un tempérament ; et, comme je le voi, L'usage adoucit bien la rigueur de la loi.
PLAUTE
Mais voit -on encor, par la ville,
Une troupe lâche et stérile
De fades et mauvais plaisants Qui chez les grands de Rome allaient chercher à vivre.
Et qui ne cessaient de les suivre.
Soit à la ville, soit aux champs ?
De ces lâches flatteurs, des complaisants serviles, Que dans mes vers j'ai souvent exprimés ?
Des parasites affamés.
De ces importants inutiles.
Qui tous les jours dans les maisons, A l'heure du dîner, font de sûres visites ?
MERCURE
Non ; mais l'on y voit des Gascons Qui valent bien des parasites.
PLAUTE
Le goût étant changé, comme enfin je le vois. Une pièce de moi, je crois, ne plairait guère ; A moins qu'Apollon ne fît choix D'un auteur comique et françois, Qui pût accommoder le tout à sa manière, Porter la scène ailleurs, changer, faire et défaire. S'il pouvait réussir dans ce noble dessein. Moitié français, moitié romain, Je pourrais peut-être encor plaire.