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SCÈNE II PLAUTE, APOLLON, MERCURE

APOLLON, à Plaute.

Pendant que tu vivais, je t'ai comblé de gloire, Autant que de son temps auteur le fut jamais ; J'ai fait graver ton nom au temple de Mémoire, Et t'ai prodigué mes bienfaits.

3o8 LES MÉNECHMES

PLAUTË.

Il est vrai. Mais enfin, quelque amour qui vous guide,

Les dons qu'aux beaux esprits prodigue votre main N'ont rien de réel, de solide,

Et n'ôtent pas toujours les soins du lendemain.

Qui ne mâche chez vous qu'un laurier insipide Court risque de mâcher à vide, Et souvent de mourir de faim ; Et si j'avais à reprendre naissance.

J'aimerais mieux être portier D'un traitant ou d'un sous-fermier.

Que mignon de votre excellence.

MERCURE

C'est faire peu de cas, et mettre à trop bas prix Les faveurs qu'Apollon dispense aux beaux esprits ; Et mon avis n'est pas le vôtre.

PLAUTE

J'en pourrais mieux parler qu'un autre.

Croiriez-vous que, sur mon déclin, Laissant le dieu des vers, que j'étais las de suivre, Ne pouvant me donner de pain.

Je me suis vu réduit, pour vivre, A tourner la meule au moulin ?

MERCURE

Vous !

PLAUTE

*Moi.

MERCURE

Cet illustre poète Finir ses jours au moulin !

PLAUTE

Oui.

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