SCÈNE II VALENTIN, LE CHEVALIER
LE CHEVALIER
Mais enfin je le voi.
D'où viens-tu donc, maraud ? Dis, parle, réponds-moi.
VALENTIX met à terre une valise qu'il portait, et s'assied dessus.
Quant à présent, monsieur, je ne vous puis rien dire ; Un moment, s'il vous plaît, souffrez que je respire : Je suis tout essoufflé.
LE CHEVALIER
Veux-tu donc tous les jours Me mettre au désespoir, et me jouer ces tours ?
Je ne sais qui me tient, que de vingt coups de canne... Quoi ! maraud ! pour aller jusques à la douane Retirer ma valise, il te faut tant de temps ?
VALENTIN
Ah ! monsieur, ces commis sont de terribles gens !
Les Juifs, tout Juifs qu'ils sont, sont moins durs, moins arabes:
Ils ne répondent point que par monosyllabes.
Oui. Non. Paix. Quoi ? Monsieur... Je n'ai pas le loisir.
Mais, monsieur... Revenez. Faites-moi le plaisir...
Vous me rompez la tête ; allez. Enfin, les traîtres.
Quand on a besoin d'eux, sont plus fiers que leurs maîtres.
LE CHEVALIER
Quoi ! tu serais resté jusqu'à l'heure qu'il est Toujours à la douane ?
VALENTIN
Oh ! non pas, s'il vous plaît.
Voyant que le commis qui gardait ma valise Usait depuis une heure avec moi de remise. Las d'avoir pour objet un visage ennuyeux, J'ai cru qu'au cabaret j'attendrais beaucoup mieux.
LE CHEVALIER
Faudra-t-il que le vin te commande sans cesse ?
VALENTIN
Vous savez que chacun, monsieur, a sa faiblesse, Mais le mauvais exemple, encor plus que le vin. Me retient, malgré moi, dans le mauvais chemin. Je me sens de bien vivre une assez bonne envie.
LE CHEVALIER
Mais pourquoi hantes-tu mauvaise compagnie ?