‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 201 sur 345 · ACTE I — SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I — SCÈNE II

VALENTIN

Je fais de vains efforts, monsieur, pour l'éviter ; Mais je vous aime trop, je ne puis vous quitter.

LE CHEVALIER

Que dis-tu donc, maraud ?

VALENTIN

Monsieur, un long usage De parler librement me donne l'avantage. En pareil cas que moi vous vous êtes trouvé ; Assez souvent, d'un vin bien pris et mal cuvé. Je vous ai vu le chef plus lourd qu'à l'ordinaire : J'ai même quelquefois prêté mon ministère Pour vous donner la main et vous conduire au lit. De ces petits excès je ne vous ai rien dit : Nous devons nous prêter aux faiblesses des autres. Leur passer leurs défauts, comme ils passent les nôtres.

LE CHEVALIER

Je te pardonnerais d'aimer un peu le vin.

Si je te connaissais à ce seul vice enclin :

Mais ton maudit penchant à mille autres te porte ;

Tu ressens pour le jeu la pente la plus forte...

Ah ! si je joue un peu, c'est pour passer le temps.

Quand vous percez ^ les nuits dans certains noirs brelans,

Je vous entends jurer au travers de la porte :

Je jure, comme vous, quand le jeu me transporte ;

Et, ce qui peut tous deux nous différencier,

Vous jurez dans la chambre, et moi sur l'escalier.

1 Cette leçon est conforme à l'édition originale. Dans la plupart des autres éditions, on lit passez au lieu de percez.

3i6 LES MÉNECHMES

Je vous imite en tout. Vous, d'une ardeur extrême, Buvez, jouez, aimez ; je bois, je joue, et j'aime : Et si je suis coquet, c'est vous qui le premier, Consommé dans cet art, m'apprîtes le métier. Vous allez chaque jour, d'une ardeur vagabonde, Faisant rafle partout de la brune à la blonde. Isabelle à présent vous retient sous sa loi ; Vous l'aimez, dites-vous : je ne sais pas pourquoi...

LE CHEVALIER

Tu ne sais pas pourquoi ! Se peut-il qu'à ses charmes, A ses 3^eux tout divins on ne rende les armes ? Je la vis chez sa tante, où j'en fus enchanté ; Le trait qui me perça, mon cœur l'a rapporté.

VALENTIN

Autrefois cependant pour sa tante Araminte, Toute folle qu'elle est, vous aviez l'âme atteinte. J'approuvais fort ce choix : outre que ses ducats Nous ont plus d'une fois tiré de mauvais pas. J'y trouvais mon profit : vous cajoliez la tante. Et moi je pourchassais Finette la suivante. Ainsi vous voyez bien...

Oui ; je vois, en un mot, Que tu fais le docteur, et que tu n'es qu'un sot. Pour t'empêcher de dire encor quelque sottise. Finissons, et chez moi va porter m!a valise.

VALENTIN, redressant la valise, pour la mettre sur son épaule. J'obéis : cependant, si je voulais parler. Sur un si beau sujet je pourrais m' étaler.

LE CHEVALIER

Eh I tais-toi.

VALENTIN

Quand je veux, je parle mieux qu'un autre.

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