‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 203 sur 345 · ACTE I — SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I — SCÈNE II

VALENTIN, tirant un paquet de lettres de la valise. Tenez, en voilà d'autres Qui vous consoleront d'avoir perdu les vôtres.

LE CHEVALIER, prenant les lettres.

Sais-tu que les railleurs et les mauvais plaisants D'ordinaire avec moi passent fort mal leur temps ? Le chevalier lit les lettres.

VALENTIN

Mon dessein n'était pas de vous mettre en colère. Mais, sans perdre de temps, faisons notre inventcdre.

D examine les bardes de la valise, et tire im sac de procès.

Ce meuble de chicane. appartient sûrement

A quelque homme du Maine, ou quelque Bas-Normand ;

n tire un habit de campagne.

L'habit est vraiment leste, et des plus à la mode. Pour un surtout de chasse il me sera commode.

LE CHEVALIER

O ciel !

VALENTIN

Quel est l'excès de cet étonnement ?

LE CHEVALIER

L'aventure ne peut se comprendre aisément.

VALENTIN

Qu'avez-vous donc, monsieur ? Est-ce quelque vertige Qui vous monte à la tête ?

LE CHEVALIER

Elle tient du prodige ; Tu ne la croiras pas quand je te la dirai.

Si vous ne mentez pas, monsieur, je vous croirai.

LE CHEVALIER

Je suis né, tu le sais, assez près de Péronne, D'un sang dont la valeur ne le cède à personne. Tu sais qu'aj^ant perdu père, mère, et parents, Et demeurant sans bien dès mes plus tendres ans, Las de passer mes jours dans le fond d'une terre, Je suivis à quinze ans le métier de la guerre. Un frère seul resta de toute la maison, Avec un oncle avare, et riche, disait -on. En différents pays j'ai brusqué la fortune. Sans que l'on ait de moi reçu nouvelle aucune ; Et je sais, par des gens qui m'en ont fait rapport. Que depuis très longtemps mon frère me croit mort.

VALENTIN

Je le sais ; et, de plus, je sais que votre mère Mourut en accouchant de vous et de ce frère ;. Que vous êtes jumeaux, et que votre portrait En toute sa personne est rendu trait pour trait ; Que vos airs dans les siens sont si reconnaissables, Que deux gouttes de lait ne sont pas plus semblables.

LE CHEVALIER

Oui, nous nous ressemblons, mais si parfaitement, Que les yeux les plus fins s'y trompaient aisément ; Et notre père même, en commençant à croître. Nous attachait un signe afin de nous connoître.

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