‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 202 sur 345 · ACTE I — SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I — SCÈNE II

LE CHEVALIER

Quelle est cette valise ?

VALENTIN

Eh ! parbleu, c'est la vôtre.

LE CHEVALIER

De la mienne elle n'a ni l'air ni la façon,

VALENTIN

J'ai longtemps, comme vous, été dans le soupçon ; Mais de votre cachet la figure et l'empreinte, Et l'adresse bien mise, ont dissipé ma crainte. Lisez plutôt ces mots distinctement écrits ; C'est : « A monsieur Ménechme, à présent à Paris. »

LE CHEVALIER

Il est vrai ; mais enfin, quoi que tu puisses dire. Je ne reconnais point cette façon d'écrire ; Enfin, ce n'est point là ma vaUse.

VALENTIN

D'accord.

Cependant à la vôtre elle ressemble fort.

LE CHEVALIER

Tu m'auras fait ici quelque coup de ta tête.

VALENTIN

Mais vous me prenez donc, monsieur, pour une bête ?

En revenant de Flandre, où par trop brusquement

\'ous avez pris congé de votre régiment.

Et passant à Péronne, où fut le dernier gîte,

Nous y prîmes la poste. ; et, pour aller plus vite,

Vous me fîtes porter au coche, qui partait,

Votre malle assez lourde, et qui nous arrêtait : .»

3i8 LES MÉNECHMES

J'obéis à votre ordre avec zèle et vitesse ; *

Je fis, par le commis, mettre dessus l'adresse : Ainsi je n'ai rien fait que bien dans tout ceci.

LE CHEVALIER

C'est de quoi, dans l'instant, je veux être éclairci. Ouvre vite, et voyons quel est tout ce mystère.

VALENTIN, tirant un paquet de clefs.

Dans un moment, monsieur, je vais vous satisfaire. Ouais, la clef n'entre point.

Romps chaîne et cadenas.

VALENTIN

Puisque vous le voulez, je n'y résiste pas. Or sus, instrumentons.

LE CHEVALIER

Qu'as-tu ? Tu me regardes !

VALENTIN

Je ne vois là dedans pas une de vos hardes.

LE CHEVALIER

Comment donc, malheureux ?

VALENTIN

Monsieur, point de courroux.

Au troc que nous faisons, peut-être gagnons-nous ; Et je ne crois pas, moi, que dans votre valise Nous eussions pour vingt francs de bonne marchandise.

LE CHEVALIER

Et ces lettres, maraud, qui faisaient mon bonheur. Où l'aimable Isabelle exprimait son ardeur, Qui me les rendra ? dis.

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