‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 205 sur 345 · ACTE I — SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I — SCÈNE II

VALENTIN

La nouvelle en effet a de quoi vous surprendre.

LE CHEVALIER

Écoute, je te prie, avec attention.

Ceci mérite bien quelque réflexion.

Il lit.

« Je vous attends, monsieur, pour vous remettre « comptant les soixante mille éeus que votre oncle « vous a laissés par testament, et pour épouser « mademoiselle Isabelle, dont je vous ai plusieurs fois « parlé dans mes lettres : le parti vous convient fort, <( et son père Démophon souhaite cette affaire avec « passion. Ne manquez donc point de vous rendre au « plus tôt à Paris, et faites-moi la grâce de me croire « votre très humble et très obéissant serviteur

« ROBERTIN. 9

Robertin, c'est le nom d'un honnête notaire Qui travaillait pour nous du vivant de mon père. La date, le dessus, et le nom bien écrit, Dans mes préventions confirment mon esprit. Mon frère, pour venir au gré de cette lettre. Comme moi, sa valise au coche aura fait mettre ; Et, dans le même temps, ce rapport de grandeur, De cachet et de nom, a causé ton erreur, Et je conclus enfin, sans être fort habile. Que mon frère est déjà peut-être en cette ville.

VALENTIN

Cela pourrait bien être ; et je suis stupéfait Des effets surprenants que le hasard a fait Il faut que justement je fasse une méprise, Et que notre bonheur vierme de ma sottise. Nous trouvons en un jour un vieil oncle enterré. Qui laisse de grands biens dont il vous a frustré ; Un frère qui reçoit tous ces biens qu'on lui laisse,

Et qui vient enlever encor votre maîtresse. Voilà tout à la fois cinq ou six incidents Capables d'étourdir les plus habiles gens.

LE CHEVALIER

Nous ferons tête à tout ; et de cette aventure Je conçois dans mon cœur un favorable augure.

VALENTIN

Soixante mille écus nous feraient grand besoin.

LE CHEVALIER

Il faut, pour les avoir, employer notre soin.

Ils sont à moi, du moins, tout autant qu'à mon frère :

Mais il faut déterrer le frère et le notaire.

Va, cours, informe-toi ; ne perds pas un moment.

VALENTIN

Vous connaissez mon zèle et mon empressement ;

Et s'il est à Paris, j'ai des amis fidèles.

Qui, dans une heure au plus, m'en diront des nouvelles.

LE CHEVALIER

Je vais chez Araminte, elle sait mon retour ; Il faudra feindre encor que je brûle d'amour. Elle n'a nul soupçon de ma nouvelle flamme. Tu sais le caractère et l'esprit de la dame : Elle est vieille, et jalouse à désoler les gens ; Ses airs et ses discours sont tous impertinents ; Enfin c'est une foUe, et qui veut qu'on la flatte : Quoiqu'un rayon d'espoir pour mon amour éclate, Incertain du succès, je la veux ménager. Retourne à la douane, au coche, au messager. Mais Araminte sort. Va vite où je t'envoie... Valentin emporte la malle et sort.

Page 1