‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 206 sur 345 · SCÈNE III ARAMINTE, FINETTE; LE CHEVALIER, à part · texte numérisé non relu

SCÈNE III ARAMINTE, FINETTE; LE CHEVALIER, à part

ARAMINTE

Nous re verrons Ménechme aujourd'hui : quelle joie ! Je ne puis demeurer en place, ni chez moi. Pareil empressement doit l'agiter, je croi. Comment me trouves-tu ? dis, Finette.

FINETTE

Charmante.

Votre beauté surprend, ravit, enlève, enchante. Il semble que l'Amour, dans ce jour si charmant. Ait pris soin par mes mains de votre ajustement.

ARAMINTE

Cette fille toujours eut le goût agréable.

Apercevant le chevalier qui s'approche.

Ah ! monsieur, vous voilà ! Quel destin favorable. Plus que je n'espérais, presse votre retour ? Et quel dieu près de moi vous ramène ?

L'Amour ! Le pauvre enfant !

L'Amour.

LE CHEVALIER

Votre aimable présence Me dédommage bien des chagrins de l'absence. Non, je ne vois que vous qui, sans art, sans secours, Puissiez paraître ainsi plus jeune tous les jours.

ARAMINTE

Fi donc, badin ! L'amour quelquefois, quoique absente, A votre souvenir me rendait-il présente ?

Votre portrait charmant, et qui fait tout mon bien, Que je reçus de vous quand vous prîtes le mien Me consolait un peu d'une absence effroyable : Le mien a-t-il sur vous fait un effet semblable ?

LE CHEVALIER

Votre image m'occupe et me suit en tous lieux ;

La nuit même ne peut vous cacher à mes yeux.

Et cette nuit encor, je rappelle mon songe,

(0 douce illusion d'un aimable mensonge !)

Je me suis figuré, dans mon premier sommeil.

Être dans un jardin, au lever du soleil.

Que l'Aurore vermeille, avec ses doigts de roses.

Avait semé de fleurs nouvellement écloses :

Là, sur les bords charmants d'un superbe canal.

Qui reçoit dans son sein un torrent de cristal.

Où cent flots écumants, et tombant en cascades.

Semblent être poussés par autant de naïades ;

Là, dis-je, reposant sur un lit de roseaux,

Je vous vois sur un char sortir du fond des eaux :

Vous aviez de Vénus et l'habit et la mine :

Cent mille Amours poussaient une conque marine,

Et les Zéphyrs badins, volant de toutes parts.

Faisaient au gré des airs flotter des étendards.

FINETTE

Ah ! ciel ! le joH rêve !

ARAMINTE

Achevez, je vous prie.

LE CHEVALIER

Mon âme, à cet aspect, d'étonnement saisie...

ARAMINTE

Et j'étais la Vénus flottant sur ce canal ?

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