ACTE II — SCÈNE III
FINETTE, à Valentir..
Que diantre fais-tu là, planté comme un piquet ? Le dîner se morfond ; ma maîtresse s'ennuie.
Apercevant Ménechme qu'elle prend pour le chevalier.
Ah ! vous voilà, monsieur ! vraiment j'en suis ravie !
Et pourquoi donc ?
J'allais, au-devant de vos pas.
Voir qui peut empêcher que vous ne venez pas : Ma maîtresse ne peut en deviner la cause. Mais qu'est-ce donc, monsieur ? quelle métamorphose ? Pourquoi cet habit noir et ce lugubre accueil ? En peu de temps, vraiment, vous avez pris le deuil. Faut-il, pour un dîner, s'habiller de la sorte ? Vous venez d'un convoi, monsieur ?
Que vous importe ?
Je suis comme il me plaît.
A part, à Valentin.
Les filles en ces lieux Ont l'abord familier, et l'esprit curieux.
VALENTIN, bas à Ménechme.
C'est l'humeur du pays ; et, sans beaucoup d'instance. Avec les étrangers elles font coimaissance.
FINETTE
Mon zèle de ces soins ne peut se dispenser : A ce qui vous survient je dois m'intéresser. Ma maîtresse a pour vous une tendresse extrême. Et je dois l'imiter.
Votre maîtresse m'aime ?
FINETTE
Ne le savez- vous pas ?
Je veux être pendu Si, jusqu'à ce moment, j'en ai jamais rien su.
FINETTE
Vous en avez pourtant déjà fait quelque épreuve ; Et si vous en voulez de plus solide preuve, Quand vous souhaiterez, vous serez son époux.
Je serai son époux ?
FINETTE
Oui vraiment.
Oui ? moi ?
FINETTE
Vous.
Vous n'avez pas, je crois, d'autre dessein en tête.
La proposition est, ma foi, fort honnête !
A part, à Valentin.
Voilà, sur ma parole, une agente d'amour. VALENTIN, bas à Ménecbme.
Elle en a bien la mine.
FINETTE
Avant votre retour.
Mille amants sont venus s'offrir à ma maîtresse ; Mais Ménechme est le seul qui flatte sa tendresse.
D'où savez-vous mon nom ?