‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 221 sur 345 · ACTE II — SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE II — SCÈNE V

ARAJIINTE.

Tout mon bien est à vous, et ne l'épargnez pas. Quand on s'aime, et qu'on a pour but de chastes chaînes, Tout le bien et le mal, les plaisirs et les peines. Tout, entre deux amants, ne doit devenir qu'un. Il faut mettre nos maux et nos biens en commun ; Et je veux avec vous courir même fortune.

Je vous suis obligé de vous voir si commune :

Mais je n'userai point de la communauté

Que vous m'offrez, madame, avec tant de bonté.

ARAMINTE

Mais je ne comprends point quels discours sont les vôtres.

FINETTE

Bon ! madame, il m'en a tantôt tenu bien d'autres !

VALENTIN, bas à Araminte.

Dans ses discours, parfois, il est impertinent.

ARAMINTE

Entrons donc pour dîner.

Je ne puis maintenant ; J'ai quelque affaire ailleurs.

ARAMINTE

J'ai tort de vous contraindre ; Mais de votre froideur j'ai sujet de tout craindre.

Quel diantre de discours ! Passez, et laissez-nous. Je n'ai jamais senti ni froid ni chaud pour vous.

FINETTE

Eh bien ! peut-on plus loin porter l'impertinence ? Ferme, monsieur ; ici poussez bien l'insolence. Mais, ma foi, si jamais chez nous vous revenez. Je vous fais de la porte un masque sur le nez.

Quand j'irai, je consens, pour punir ma folie, Que la porte sur moi se brise et m'estropie.

ARAMINTE

Mais d'où venez-vous donc ? Ne me déguisez rien.

Vous feignez l'ignorer ; mais vous le savez bien. N'avez-vous pas tantôt envoyé voir au coche Qui je suis, d'où je viens, où je vais ?

ARAMINTE

Quel reproche !

Et de quel coche ici me venez- vous parler ?

Du coche le plus rude où mortel puisse aller ;

Et je ne pense pas que, de Paris à Rome,

Un autre, tel qu'il soit, cahote mieux son homme.

ARAMINTE

Finette, il perd l'esprit.

FINETTE

Il ne perd pas beaucoup.

Il faut assurément qu'il ait trop bu d'un coup : C'est le vin qui le porte à ces extravagances.

Je suis las, à la fin, de tant d'impertinences. Des soins plus importants me mettent en souci :

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