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SCÈNE IV

DÉMOPHON, ISABELLE; LE CHEVALIER, à l'écart.

DÉMOPHON

Isabelle, approchez.

ISABELLE

Que voulez- vous, mon père ?

DÉMOPHON

Vous dire quatre mots, et vous parler d'affaire. Un homme de province, assez bien fait pourtant, Doit, pour vous épouser, arriver à l'instant.

ISABELLE, à part.

Qu'entends- je ?

DÉMOPHON

Ce parti vous est fort convenable ; La naissance, le bien, tout m'est très agréable ; Et la personne aussi sera de votre goût,

ISABELLE

Mon père, sans pousser ce discours jusqu'au bout. Permettez-moi de dire avecque déférence.

Et sans vouloir pour vous manquer d'obéissance. Que je ne prétends point me marier,

DÉMOPHON

Comment ?

D'où nous vient pour l'hymen ce brusque éloignement ? Vous n'avez pas tenu toujours im tel langage,

ISABELLE

Il est vrai ; mais enfin l'esprit vient avec l'âge. J'en connais les dangers. Aujourd'hui les époux Sont tous, pour la plupart, inconstants ou jaloux ;

Ils veulent qu'une femme épouse leurs caprices :

Les plus parfaits sont ceux qui n'ont que peu de vices.

DÉMOPHON

Celui-ci te plaira quand tu l'auras connu.

ISABELLE

Tel qu'il soit, je le hais avant de l'avoir vu :

Il suffit que ce soit un homme de province ;

Et je n'en voudrais pas, quand ce serait un prince.

LE CHEVALIER, se montrant.

Madame, il ne faut pas si fort se déchaîner Contre le malheureux que l'on veut vous donner ; Si vous le haïssez, il s'en peut trouver d'autres De qui les sentiments différeront des vôtres.

ISABELLE, à part.

Que vois- je ? juste ciel ! et quel étonnement !

C'est Ménechme, grands dieux ! c'est lui, c'est mon amant.

DÉMOPHON, au chevalier.

Je suis au désespoir qu'un dégoût téméraire Ait rendu son esprit à mes lois si contraire : Mais je l'obligerai, si vous le souhaitez...

Non ; ne contraignons point, monsieur, ses volontés : J'aimerais mieux mourir que d'obliger madame A faire quelque effort qui contraignît son âme.

DÉMOPHON

Regarde le parti qui t'était destiné :

Un époux fait à peindre, un jeune homme bien né.

Dont l'esprit est égal au bien, à la naissance.

LE CHEVALIER

J'avais tort de porter si haut mon espérance.

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