‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 233 sur 345 · ARAMNTE. LE CHEVALIER, DÉMOPHON, ISABELLE · texte numérisé non relu

ARAMNTE. LE CHEVALIER, DÉMOPHON, ISABELLE

ARAMIXTE, au chevalier.

Ah ! te voilà donc, traître ! Avec quelle impudence Oses-tu dans ces lieux soutenir ma présence ! Après m' avoir traitée avec indignité.

Ne crains-tu point l'effet de mon cœur irrité ?

LE CHEVALIER

Madame, je ne sais ce que vous voulez dire ;

Et ce brusque discours a de quoi m'interdire. Vous me prenez ici pour un autre, je croi. Quel sujet auriez- vous de vous plaindre de moi ?

ARAMINTE

Tu feins de l'ignorer, âme double et traîtresse ! Tu m'abusais, hélas ! d'une feinte tendresse : Et moi, de bonne foi, je te donnais mon cœur, Sans connaître le tien et toute sa noirceur.

LE CHEVALIER

Vous m'honorez vraiment par delà mes mérites ; Mais je ne comprends rien à tout ce que vous dites.

Ma foi, ni moi non plus. Mais dites-moi, ma sœur, A quoi tend ce discours ? Quelle bizarre humeur î

LE CHEVALIER, à Démophon.

Madame est votre sœur ? j

DÉMOPHON

Oui, monsieur, dont j'enrage; De plus, ma sœur aînée, et n'en est pas plus sage.

A Araminte.

Quel caprice nouveau, quel démon, dis-je, enfin, Vous oblige à venir, en faisant le lutin. Scandaliser ici monsieur, qui, de sa vie, Ne vous vit, ne connut, et n'en a nulle envie ?

ARAMINTE

Il ne me connaît pas ! Vous êtes fou, je crois !

Depuis plus de deux ans l'ingrat vit sous mes lois :

Il a fait de mon bien un assez long usage ;

J'ai fait à mes dépens son dernier équipage ;

Et si de ses mallieurs je n'avais eu pitié,

Il aurait tout au long fait la campagne à pied.

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