ARAMNTE. LE CHEVALIER, DÉMOPHON, ISABELLE
ARAMIXTE, au chevalier.
Ah ! te voilà donc, traître ! Avec quelle impudence Oses-tu dans ces lieux soutenir ma présence ! Après m' avoir traitée avec indignité.
Ne crains-tu point l'effet de mon cœur irrité ?
LE CHEVALIER
Madame, je ne sais ce que vous voulez dire ;
Et ce brusque discours a de quoi m'interdire. Vous me prenez ici pour un autre, je croi. Quel sujet auriez- vous de vous plaindre de moi ?
ARAMINTE
Tu feins de l'ignorer, âme double et traîtresse ! Tu m'abusais, hélas ! d'une feinte tendresse : Et moi, de bonne foi, je te donnais mon cœur, Sans connaître le tien et toute sa noirceur.
LE CHEVALIER
Vous m'honorez vraiment par delà mes mérites ; Mais je ne comprends rien à tout ce que vous dites.
Ma foi, ni moi non plus. Mais dites-moi, ma sœur, A quoi tend ce discours ? Quelle bizarre humeur î
LE CHEVALIER, à Démophon.
Madame est votre sœur ? j
DÉMOPHON
Oui, monsieur, dont j'enrage; De plus, ma sœur aînée, et n'en est pas plus sage.
A Araminte.
Quel caprice nouveau, quel démon, dis-je, enfin, Vous oblige à venir, en faisant le lutin. Scandaliser ici monsieur, qui, de sa vie, Ne vous vit, ne connut, et n'en a nulle envie ?
ARAMINTE
Il ne me connaît pas ! Vous êtes fou, je crois !
Depuis plus de deux ans l'ingrat vit sous mes lois :
Il a fait de mon bien un assez long usage ;
J'ai fait à mes dépens son dernier équipage ;
Et si de ses mallieurs je n'avais eu pitié,
Il aurait tout au long fait la campagne à pied.