ACTE III — SCÈNE VHI
Je viens vous donner le bonjour, Et par même moyen, amant tendre et fidèle. Épouser une fille appelée Isabelle, Dont vous êtes le père, à ce que chacun dit. En peu de mots, voilà tout ce qui me conduit.
DÉMOPHON
Je vous l'ai déjà dit, et je vous le répète.
Combien de ce parti mon âme est satisfaite :
Ma fille en est contente ; elle vous a fait voir
Qu'elle suit maintenant l'amour et le devoir.
Elle a senti d'abord un peu de répugnance ;
Mais, vous voyant, son cœur n'a plus fait de défense.
Nous nous sommes donc vus quelquefois ?
DÉMOPHON
A l'instant Vous sortez d'avec elle, et paraissez content.
Moi ! je sors d'avec elle ?
DÉMOPHON
Oui, sans doute, vous-même :
Nous avions, de vous voir, une allégresse extrême, Quand ma sœur est venue, avec ses sots discours. De notre conférence interrompre le cours. Se peut-il que sitôt vous perdiez la mémoire ?
Nous rêvons, vous ou moi. Quoi ! vous me ferez croire Que j'ai vu votre fille? En quel temps? comment ? où ?
Tout à l'heure, en ces Heux.
36o LES MÉNECHMES
Allez, VOUS êtes fou :
C'est me faire passer pour un visionnaire ; Et ce début, tout franc, ne me satisfait guère. Quoi qu'il en soit enfin, à présent je la vois ; Que ce soit la première ou la seconde fois, Il importe fort peu pour notre mariage.
DÉMOPHON, bas.
Cet homme, dans l'abord, me paraissait plus sage.
Madame, on m'a vanté, par écrit, vos appas : J'en suis assez content ; mais j'en fais peu de cas. Quand l'esprit ne va pas de pair avec les charmes. C'est à vous là-dessus à guérir mes alarmes : J'en dirai mon avis quand vous aurez parlé.
ISABELLE, à part.
Je ne le connais plus, son esprit s'est troublé.
J'aime les gens d'esprit plus que personne en France
J'en ai du plus brillant, et le tout sans science.
Je trouve que l'étude est le parfait moyen
De gâter la jeunesse, et n'est utile à rien ;
Aussi je n'ai jamais mis le nez dans un livre :
Et quand un gentilhomme, en commençant à vivre.
Sait tirer en volant, boire, et signer son nom.
Il est aussi savant que défunt Cicéron.
DÉMOPHON
Prendrez- vous une charge à la cour, à l'armée ?
Mon âme dans ce choix est indéterminée.
La cour aurait pour moi d'assez puissants appas,
Si la sujétion ne me fatiguait pas.