ACTE IV — SCÈNE II
En attendant qu'il vienne.
Souffre que mon amour un moment t'entretienne. Et que j'offre mon cœur à tes charmants attraits.
FINETTE
Porte ailleurs tes présents ; ne me parle jamais. Ton maître m'a traité avec tant d'insolence, Qu'il faut sur le valet que j'en prenne vengecince. M' appeler créature !
VALENTIN
Ah ! cela ne vaut rien, Il est dur quelquefois et brutal comme un chien.
FINETTE
J'ai de ses vilains mots l'oreille encor blessée ; Et ma maîtresse en est si fort scandalisée, Que, rompant avec lui désormais tout à fait, Je viens lui demander et lettres et portrait.
VALENTIN
Pour les lettres, d'accord ; c'est un dépôt stérile.
Dont la garde, à mon sens, est assez inutile :
Mais pour le portrait d'or, attendu le métal.
Le cas, à mon avis, ne paraît pas égal.
Quand le besoin d'argent nous presse et nous harcelle.
Tu sais, ma pauvre enfant, qu'on troque la vaisselle.
FINETTE
Pourrait -on d'un portrait faire si peu de cas ?
VALENTIN
Nous nous sommes trouvés dans de grands embarras. Mais, depuis quelque temps, un oncle, un honnête homme (A peine pouvons-nous dire comme il se nomme).
A bien voulu descendre aux ténébreux manoirs, Pour nous mettre à notre aise, et nous faire ses hoirs : Soixante mille écus d'argent sec et liquide, Ont mis notre fortune en un vol bien rapide.
FINETTE
Ah ciel ! que me dis-tu ?
VALENTIN
Je dis la vérité.
FINETTE
Quoi ! dans si peu de temps vous auriez hérité !
VALENTIN
Bon ! nous avons appris le mal de ce bonhomme, La mort, le testament, et reçu notre somme. Dans le temps que tu mets à me le demander. Mon maître est diablement habile à succéder.
FINETTE
Oh ! je n'en doute point.
VALENTIN
Sois-en juge toi-même.
Tu vois bien qu'il ferait une sottise extrême. S'il se piquait encor d'avoir des feux constants : Il faut bien, dans la vie, aller selon le temps.
FINETTE
Nous nous passerons bien d'amants tels que vous êtes.
A son exemple aussi, je quitte les soubrettes :
Mon amour peut dompter des cœurs d'un plus haut rang ;
Je prends un vol plus fier, et suis haussé d'un cran.
Mes mains de cet argent seront dépositaires ;
Et je vais me jeter, je crois, dans les affaires.