‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 259 sur 345 · ACTE V — SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE V — SCÈNE I

Je vois bien maintenant que, dans ce siècle ingrat. Il ne faut se fier que sur un bon contrat. Mais c'est notre destin : toujours, tant que nous sommes, Nous serons le jouet et les dupes des hommes.

Va, j'ai bien résolu, dans mon cœur courroucé, De venger, si je puis, tout le sexe offensé.

FINETTE

Quoi donc ! il ne tiendra, pour engager le monde.

Qu'à venir étaler une perruque blonde !

Une tête éventée, un petit freluquet.

Qui s'admire lui seul, et n'a que du caquet.

Parce qu'il a bon air et qu'on a le cœur tendre,

Impimcment viendra nous plaire et nous surprendre ;

Nous fera par écrit sa déclaration.

Sans en venir après à la conclusion !

Non, c'est une noirceur qui crie au ciel vengeance.

Il faut de cet abus réprimer la licence ;

Et, quand ce ne serait que pour vous en venger,

Il faudrait l'épouser pour le faire enrager.

ARAMINTE

Mais s'il ne m'aime point, quel sera l'avantage Que me procurera ce triste mariage ?

FINETTE

Est-ce donc pour s'aimer qu'on s'épouse à présent ? Cela fut bon du temps du monde adolescent : Et j'en vois tous les jours qui ne font pas un crime D'épouser sans amour et même sans estime. Il faut se marier : vous êtes dans un temps Où les appas flétris s'effacent pour longtemps. Ce conseil bienfaisant que mon zèle vous donne, Je voudrais l'appliquer à ma propre personne ; Et rester vieille fille est un mal plus affreux Que tout ce que l'hymen a de plus dangereux.

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