‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 281 sur 345 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

MADAME ARGANTE, ISABELLE. GÉRONTE, ÉRASTE, LISETTE, le Laquais.

MADAME ARGANTE

Nous avons, ce matin, appris de vos nouvelles. Qui nous ont mis pour vous en des peines mortelles. Vous avez, ce dit-on, très mal passé la nuit.

GÉRONTE

Ce sont mes héritiers qui font courir ce bruit ; Ils me voudraient déjà voir dans la sépulture. Je ne me suis jamais mieux porté, je vous jure.

ÉRASTE

Mon oncle a le visage, ou du moins peu s'en faut, D'un galant de trente ans.

LISETTE, à part.

Oui, qui mourra bientôt.

GÉRONTE

Je serais bien malade, et plus qu'à l'agonie, Si des yeux aussi beaux ne me rendaient la vie.

MADAME ARGANTE

Ma fille, en ce moment vous voyez devant vous Celui que je vous ai destiné pour époux.

GÉRONTE

Oui, madame, c'est vous (pour le moins je m'en flatte) Qui guérirez mes maux mieux qu'un autre Hippocrate. Vous êtes pour mon cœur comme un julep futur, Qui doit le nettoyer de ce qu'il a d'impur : Mon hjrmen avec vous est un sûr émétique. Et je vous prends enfin pour mon dernier topique. 14 a

ISABELLE

Je ne sais pas, monsieur, pour quoi vous me prenez Mais ce choix m'interdit, et vous me surprenez.

MADAME ARGANTE

Monsieur, vous épousant, vous fait un avantage Qui doit faire oublier et ses maux et son âge ; Et vous n'aurez pas lieu de vous en repentir.

ISABELLE

Madame, le devoir m'y fera consentir ; Mais peut-être, monsieur, par cette loi sévère, Ne trouvera-t-il pas en moi ce qu'il espère. Je sais ce que je suis, et le peu que je vaux, Pour être, comme il dit, un remède à ses maux ; Il se trompe bien fort, s'il prétend, sur ma mine. Devoir trouver en moi toute la médecine : Je connais bien mes yeux ; ils ne feront jamais Une si belle cure et de si grands effets.

ÉRASTE

Au pouvoir de ces yeux je rends plus de justice.

GÉRONTE

Au feu que je ressens si l'amour est propice. Avant qu'il soit neuf mois, sans trop me signaler. Tous mes collatéraux auront à qui parler : Dans le monde on saura dans peu de mes nouvelles.

LISETTE, à part.

Ah ! par ma foi, je crois qu'il en fera de belles.

Haut.

Si le diable vous tente et vous veut marier. Qu'il cherche un autre objet pour vous apparier. Je m'en rapporte à vous : madame est vive et belle Il lui faut un époux qui soit aussi vif qu'elle ;

Page 1