ACTE I — SCÈNE IV
LISETTE
Quoi ! VOUS, vieux et cassé, fiévreux, épileptique, Paralytique, étique, asthmatique, hydropique. Vous voulez de l'hymen allumer le flambeau, Et ne faire qu'un saut de la noce au tombeau !
GÉRONTE
Je sais ce qu'il me faut : apprenez, je vous prie, Que même ma santé veut que je me marie. Je prends une compagne, et de qui tous les jours Je pourrai, dans mes maux, tirer de grands secours. Que me sert-il d'avoir une avide cohorte D'héritiers, qui toujours veille et dort à ma porte ; De gens qui, furetant, les clefs du cofïre-fort. Me détendront mon lit peut-être avant ma mort ? Une femme, au contraire, à son devoir, fidèle. Par des soins conjugaux me marquera son zèle ; Et, de son chaste amour recueillant tout le fruit, Je me verrai mourir en repos et sans bruit.
ÉRASTE
Mon oncle parle juste, et ne saurait mieux faire Que de se ménager un secours nécessaire. L'ne femme économe et pleine de raison Prendra seule le soin de toute la maison.
GÉRONTE, l'embrassant.
Ah ! le joli garçon ! Aurais-je dû m'attendre
Qu'il eût pris cette affaire ainsi qu'on lui voit prendre ?
Votre bien seul m'est cher.
GÉRONTE
Va, tu n'y perdras rien :
Quoi qu'il puisse arriver, je te ferai du bien. Et tu ne seras pas frustré de ton attente.