SCÈNE III ÉRASTE, LISETTE
LISETTE
Eh bien ! vous souffrirez que votre oncle, à son âge,
Fasse, devant vos yeux, un si sot mariage ;
Qu'il vous frustre d'un bien que vous devez avoir !
ÉRASTE
Hélas ! ma pauvre enfant, j'en suis au désespoir.
Mais l'affaire n'est pas encore consommée,
Et son feu pourrait bien s'en aller en fumée.
La mère, en ma faveur, change de volonté.
Et va, d'un mot d'écrit entre nous concerté,
Remercier mon oncle, et lui faire comprendre
Qu'il est un peu trop vieux pour en faire son gendre.
LISETTE
Je veux dans le complot entrer conjointement.
Et que deviendrait donc enfin le testament
Sur lequel nous fondons toutes nos espérances,
Et qui doit cimenter un jour nos alliances,
Et faire le bonheur d'Éraste et de Crispin ?
Il faut, par notre esprit, faire notre destin,
Et rompre absolument l'hymen qu'il prétend faire.
J'en ai fait dire un mot à sort apothicaire ;
C'est un petit mutin, qui doit venir tantôt,
Et qui lui lavera la tête comme il faut.
Je ne veux pas rester dans une nonchalance
Qu'il faut laisser aux sots. Mais Géronte s'avance.