ACTE II — SCÈNE VI
Et l'autre est une veuve avec peu de richesse, La fille de ma sœur, et par ainsi ma nièce ^, Qui jadis dans le Maine épousa, quoique vieux. Certain baron qui n'eut pour bien que ses aïeux. Je veux donc, en faveur de l'amitié sincère Qu'autrefois je portais à leur père, à leur mère. Leur laisser à chacun vingt mille écus comptant.
LISETTE
Vingt mille écus ! Le legs serait exorbitant.
Un neveu bas-normand, une nièce du Maine,
Pour acheter chez eux des procès par douzaine,
Jouiront, pour plaider, d'un bien comme cela ;
Fi ! c'est trop des trois quarts pour ces deux cancres-là.
GÉRONTE
Je ne les vis jamais. Ce que je puis vous dire. C'est qu'ils se sont tous deux avisés de m'écrire Qu'ils voulaient à Paris venir dans peu de temps, Pour me voir, m'embrasser, et retourner contents. Je crois que tu n'es pas fâché que je leur laisse De quoi vivre à leur aise, et soutenir noblesse.
N'êtes-vous pas, monsieur, maître de votre bien ? Tout ce que vous ferez, je le trouverai bien.
LISETTE
Et moi, je trouve mal cette dernière clause. Et de tout mon pouvoir à ce legs je m'oppose. Mais vous ne songez pas que le laquais attend.
GÉRONTE
Je vais l'expédier, et reviens à l'instant.
1 Dans quelques éditions modernes, on lit : ... par conséquent ma nièce.
LISETTE
Avez-vous oublié qu'une paralysie
S'est de votre bras droit depuis un mois saisie,
Et que vous ne sauriez écrire ni signer ?
GÉRONTE
Il est vrai : mon neveu viendra m' accompagner ; Et je vais lui dicter une lettre d'un style Qui de madame Argante échauffera la bile ; J'en suis bien assuré. Viens, Éraste ; suis-moi.
ÉRASTE
Vous obéir, monsieur, est ma suprême loi.