‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 290 sur 345 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

GÉRONTE, ÉRASTE, LISETTE, LE Laquais de Géronte.

Voyez comme je prends promptement mon parti De l'hymen tout d'un coup me voilà départi.

LISETTE

Il faut chanter, monsieur, votre nom par la viUe. Voilà ce qui s'appelle une action virile.

ÉIL^STE.

C'était témérité, dans l'âge où vous voilà, ]\Ialsain, fiévreux, goutteux, et pis que tout cela, De prendre femme, et faire, en un jour si célèbre, Du flambeau de l'hymen une torche funèbre.

GÉRONTE

Mais tu louais tantôt mon dessein et mes feux.

ÉRASTE

Tantôt vous faisiez bien, et maintenant bien mieux.

GÉRONTE

Puisque je suis tranquille, et qu'un conseil plus sage

Me guérit des vapeurs d'amour, de mariage.

Je veux mettre ordre au bien que j'ai reçu du ciel,

Et faire en ta faveur un legs universel,

Par un bon testament.

ÉRASTE

Ah ! monsieur, je vous prie.

Épargnez cette idée à mon âme attendrie : Je ne puis, sans soupir, vous ouïr prononcer Le mot de testament ; il semble m'annoncer, Avant qu'il soit longtemps, le sort qui doit le suivre Et le malheur auquel je ne pourrai survivre : Je frémis, quand je pense à ce moment cruel.

GÉRONTE

Tant mieux ; c'est un effet de ton bon naturel. Je veux donc te nommer mon légataire unique. J'ai deux parents encor pour qui le sang s'explique : L'un est fils de mon frère, et tu sais bien son nom. Gentilhomme normand, assez gueux, ce dit-on ;

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