ACTE III — SCÈNE IV
ÉRASTE
Mais écoutez ceci, Oui doit bien vous surprendre, et m'a surpris aussi : C'est que madame Argante, aimant votre famille. M'a proposé, tout franc, de me donner sa fille, Et d'acquitter ainsi, par un commun égard, La parole donnée et d'une et d'autre part.
GÉRONTE
Et qu'as-tu su répondre à ces belles pensées ?
ÉRASTE
Que je ne voulais point aller sur vos brisées, Sans avoir, sur ce point, su votre sentiment. Et, de plus, obtenu votre consentement.
GÉRONTE
Ne t'embarrasse point encor de mariage.
Que mon exemple ici serve à te rendre sage.
LISETTE
Moi, j'approuverais fort cet hymen et ce choix : Il est tel qu'il le faut, et j'y donne ma voix. Il convient à monsieur de suivre cette envie. Non à vous, qui devez renoncer à la vie.
GÉRONTE
A la vie ! Et pourquoi ? Suis-je mort, s'il vous plaît ?
LISETTE
Je ne sais pas, monsieur, au vrai ce qu'il en est ; Mais tout le monde croit, à votre air triste et sombre, Qu'errant près du tombeau, vous n'êtes plus qu'une ombre, Et que, pour des raisons qui vous font différer, Vous ne vous êtes pas encor fait enterrer.
GÉRONTE
Avec de tels discours et ton air d'insolence. Tu pourrais, à la fin, lasser ma patience.
LISETTE
Je ne sais point, monsieur, farder la vérité. Et dis ce que je pense avecque liberté.