‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 308 sur 345 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

CRISPIN, en veuve, un petit dragon lui portant la queue;

GÉRONTE, ÉRASTE, LISETTE, le Laquais

de Géronte.

CRISPIN fait des révérences au laquais de Géronte qui lui ouvre la porte. Le petit dragon sort. A Géronte.

Permettez, s'il vous plaît, que cet embrassement Vous témoigne ma joie et mon ravissement : Je vois un oncle enfin, mais un oncle que j'aime. Et que j'honore aussi cent fois plus que moi-même.

LISETTE, bas à Éraste.

Monsieur, c'est là Crispin ^.

ÉRASTE, bas à Lisette.

C'est lui, je le sais bien ; Nous avons eu là-bas un moment d'entretien.

GÉRONTE, à Éraste.

Elle a de la douceur et de la politesse.

Qu'on donne promptement un fauteuil à ma nièce.

CRISPIN, au laquais de Géronte.

Ne bougez, s'il vous plaît ; le respect m'interdit.

A Géronte, avec le ton du respect.

Un fauteuil près mon oncle ! Un tabouret suf&t.

Le laquais donne ;m tabouret à Crispin. GÉRONTE.

Je suis assez content déjà de la parente.

ÉRASTE

Elle sait vraiment vivre, et sa taille est charmante.

Le laquais donne un fauteuil à Géronte, une chaise à Éraste, un tabouret à Lisette, et sort.

^ Ce vers et le suivant sont encore à retrancher, suivant la note de la page 459.

SCÈxNE VIII GÊRONTE, CRISPIN, en veuve ;ÉRASTE, LISETTE.

CRISPIN

Fi donc ! vous vous moquez, je suis à faire peur. Je n'avais autrefois que cela de grosseur : Mais vous savez l'effet d'un fécond mariage, Et ce que c'est d'avoir des enfants en bas âge ; Cela gâte la taille, et furieusement.

LISETTE

Vous passeriez encor pour fille assurément.

J'ai fait du mariage une assez triste épreuve. A vingt ans, mon mari m'a laissé mère et veuve. Vous vous doutez assez qu'après ce prompt trépas, Et faite comme on est, ayant quelques appas, On aurait pu trouver à convoler de reste ; Mais du pauvre défunt la mémoire funeste M'oblige à dévorer en secret mes ennuis. J'ai bien de fâcheux jours, et de plus dures nuits : Mais d'un veuvage affreux les tristes insomnies . Ne m'arracheront point de noires perfidies ; Et je veux chez les morts emporter, si je peux, Un cœur qui ne brûla que de ses premiers feux.

ÉRASTE

On ne poussa jamais plus loin la foi promise. Voilà des sentiments dignes d'une Art émise.

GÉRONTE, à Crispin.

Votre époux, vous laissant mère et veuve à vingt ans. Ne vous a pas laissé, je crois, beaucoup d'enfants.

CRISPIN

Rien que neuf ; mais, le cœur tout gonflé d'amertume,] Deux ans encore après j'accouchai d'un posthume.

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