ACTE III — SCÈNE VIII
GÉRONTE
Moi, me faire interdire !
LISETTE
Ah ciel ! quelle famille !
CRISPIN
Nous savons votre vie avecque cette fille,
Et voulons empêcher qu'il ne vous soit permis
De faire un mariage un jour in extremis.
GÉRONTE, se levant.
Sortez d'ici, madame, et que de votre vie D'y remettre le pied il ne vous prenne envie 1 Sortez d'ici, vous dis- je, et sans vous arrêter...
CRISPIN
Comment ! battre une veuve et la violenter !
Au secours ! aux voisins ! au meurtre ! on m'assassine !
GÉRONTE
Voilà, je vous avoue, une grande coquine.
CRISPIN
Quoi ! contre votre sang vous osez blasphémer ! Cela peut bien aller à vous faire enfermer.
LISETTE
Faire enfermer monsieur !
Ne faites point la fière.
On peut aussi vous mettre à la SaJpêtrière.
LISETTE
A la Salpêtrière !
CRISPIN
Oui, m'amie, et sans bruit.
De vos déportements on n'est que trop instruit.
ÉRASTE
Il faut développer le fond de ce mystère.
Que l'on m'aille à l'instant chercher un commissaire.
CRISPIN
Un commissaire à moi ! Suis-je donc, s'il vous plaît, Gibier à commissaire ?
ÉRASTE
On verra ce que c'est ; Et dans peu nous saurons, avec un tel tumulte. Si l'on vient chez les gens ainsi leur faire insulte. Vous, mon oncle, rentrez dans votre appartement ; Je vous rendrai raison de tout dans un moment.
GÉRONTE
Ouf ! ce jour-ci sera le dernier de ma vie.
LISETTE, à Crispin.
Misérable ! tu mets un oncle à l'agonie !
La mauvaise famille et du Maine et de Caen !
Oui, tous ces parents-là méritent le carcan.