‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 331 sur 345 · ACTE IV — SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE IV — SCÈNE VIII

LISETTE

C'est lui, vous dis-je ; il parle... Ah !

Elle se retourne, voit Crispin qu'elle prend pour Géronte, se lève et se sauve dans un coin, en poussant un cri d'efifroi.

CRISPIN

Pourquoi ce grand cri ?

LISETTE

Excuse, mon enfant ; je te prenais pour lui. Enfin, criant, courant, sans détourner la vue. Essoufflée et tremblante, ici je suis venue Vous dire que le mal de votre oncle en ces lieux N'est qu'une léthargie, et qu'il n'en est que mieux.

ÉRA3TE.

Avec quelle constance, au branle de sa roue, La fortune ennemie et me berce et me joue !

LISETTE

O trop flatteur espoir ! projets si bien conçus. Et mieux exécutés, qu'êtes-vous devenus ?

Voilà donc le défunt que le sort nous renvoie !

Et l'avare Achéron lâche encore sa proie !

Vous le voulez, grands dieux ! ma constance est à bout.

Je ne sais où j'en suis, et j'abandonne tout.

ÉRASTE

Toi que j'ai vu tantôt si grand, si magnanime. Un seul revers te rend faible et pusillanime ! Reprends des sentiments qui soient dignes de toi : Offrons-nous aux dangers ; viens signaler ta foi : Quelque coup de hasard nous tirera d'affaire.

CRISPIN

Allons-nous abuser encor quelque notaire ?

ÉRASTE

Je vais, sans perdre temps, remettre ces billets

Dans les mains d'Isabelle : ils feront leurs effets ;

Et nous en tirerons peut-être un avantage,

Qui pourrait bien servir à notre mariage.

Vous, rentrez chez mon oncle, et prenez bien le soin

D'appeler le secours dont il aura besoin.

Pour retourner plus tôt, je pars en diligence.

Et viens vous rassurer ici par ma présence.

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