ACTE V — SCÈNE VII
GÉRONTE
Je ne m'en souviens point.
C'est votre léthargie.
GÉRONTE
Je crois qu'ils ont raison, et mon mal est réel.
LISETTE
Ne vous souvient-il pas que monsieur Clistorel...
ÉR.\STE
Pourquoi tant répéter cet interrogatoire ? Monsieur convient de tout, du tort de sa mémoire. Du notaire mandé, du testament écrit.
GÉRONTE
Il faut bien qu'il soit vrai, puisque chacun le dit. Mais voyons donc enfin ce que j'ai fait écrire.
CRISPIN, à part.
Ah ! voilà bien le diable.
M. SCRUPULE
Il faut donc vous le lire, « Fut présent devant nous, dont les noms sont au bas, « Maître Matthieu Géronte, en son fauteuil à bras, « Étant en son bon sens, comme on a pu connaître, « Par le geste et maintien qu'il nous a fait paraître ; « Quoique de corps malade, ayant sain jugement ; « Lequel, après avoir réfléchi mûrement « Que tout est ici-bas fragile et transitoire... f>
CRISPIN
Ah ! quel cœur de rocher, et quelle âme assez noire Ne se fendrait en quatre, en entendant ces mots ?
LISETTE
Hélas ! je ne saurais cirrêter mes sanglots.
GÉRONTE
En les voyant pleurer, mon âme est attendrie. Là., là, consolez- vous ; je suis encore en vie.
M. SCRUPULE, continuant de Ure.
« Considérant que rien ne reste en même état, « Ne voulant pas aussi décéder intestat... »
CRISPIN
Intestat !...
LISETTE
Intestat !... Ce mot me perce l'âme.
M. SCRUPULE
Faites trêve un moment à vos soupirs, madame. « Considérant que rien ne reste en même état, « Ne voulant pas aussi décéder intestat... »
CRISPIN
Intestat !...
LISETTE
Intestat!...
M. SCRUPULE
Mais laissez-moi donc lire ; Si vous pleurez toujours, je ne pourrai rien dire. « A fait, dicté, nommé, rédigé par écrit « Son susdit testament, en la forme qui suit. 9
De tout ce préambule et de cette légende,
S'il m'en souvient d'un mot, je veux bien qu'on me pende.
LISETTE
C'est votre léthargie.