ACTE V — SCÈNE VIT
GÉRONTE
Éraste était présent
M. SCRUPULE
Oui, monsieur, je vous jure.
GÉRONTE
Est-il vrai, mon neveu ? Parle, je t'en conjure.
ÉRASTE
Ah ! ne me parlez point, monsieur, de testament. C'est m'arracher le cœur trop tyranniquement.
GÉRONTE
Lisette, parle donc.
Crispin, parle en ma place ; Je sens, dans mon gosier, que ma voix s'embarrasse.
CRISPIN, à Géronte.
Je pourrais là-dessus vous rendre satisfait ; ^ul ne sait mieux que moi la vérité du fait.
GÉRONTE
J'ai fait mon testament ?
CRISPIN
On ne peut pas vous dire Qu'on vous l'ait vu tantôt absolument écrire ; Mais je suis très certain qu'au lieu ^ où vous voilà. Un homme, à peu près mis comme vous êtes là, Assis dans un fauteuil auprès de deux notaires, A dicté mot à mot ses volontés dernières. Je n'assurerai pas que ce fût vous. Pourquoi ? C'est qu'on peut se tromper. Mais c'était vous, ou moi.
1 Ce vers est conforme à toutes les anciennes éditions. Dans quelques éditions modernes, pour sauver l'hiatus, on a mis : Mais je suis très certain qu'aux lieux où vous voilà.
M. SCRUPULE, à Géronte.
Rien n'est plus véritable, et vous pouvez m'en croire.
GÉRONTE
Il faut donc que mon mal m'ait ôté la mémoire ; Et c'est ma léthargie.
CRISPIN
Oui, c'est elle en effet.
N'en doutez nullement : et, pour prouver le fait. Ne vous souvient-il pas que, pour certaine affaire. Vous m'avez dit tantôt d'aller chez le notaire ?
GÉRONTE
Oui.
LISETTE
Qu'il est arrivé dans votre cabinet ; Qu'il a pris aussitôt sa plume et son cornet, Et que vous lui dictiez à votre fantaisie ?
GÉRONTE
Je ne m'en souviens point. *
LISETTE
C'est votre léthargie.
CRISPIN
Ne vous souvient-il pas, monsieur, bien nettement. Qu'il est venu tantôt certain neveu normand, Et certaine baronne, avec un grand tumulte Et des airs insolents, chez vous vous faire insulte ?
GÉRONTE
Oui.
CRISPIN
Que, pour vous venger de leur emportement. Vous m'avez promis place en votre testament. Ou quelque bonne rente au moins pendant ma vie ?