ACTE III — SCÈNE VI 8i
VALÈRE, comptant toujours.
Mille deux cent cinquante.
HECTOR, à part.
La flotte est arrivée avec les galions, Cela va diablement hausser nos actions.
Haut.
J'ai vu pareillement, par votre ordre, Angélique : Elle m'a dit...
VALÈRE, frappant du pied.
Morbleu ! ce dernier coup me pique ; Sans les cruels revers de deux coups inouïs, J'aurais encor gagné plus de deux cents louis.
HECTOR
Cette fille, monsieur, de votre amour est folle.
VALÈRE, à part.
Damon m'en doit encor deux cents sur sa parole.
HECTOR, le tirant par la manche.
Monsieur, écoutez-moi ; calmez un peu vos sens ; Je parle d'Angélique, et depuis fort longtemps.
VALÈRE, avec distraction.
Ah ! d'Angélique ? Eh bien ! comment suis-je avec eUe ?
HECTOR
On n'y peut être mieux. Ah ! monsieur, qu'elle est belle ! Et que j'ai de plaisir à vous voir raccroché !
VALÈRE, avec distraction.
A te dire le vrai, je n'en suis pas fâché.
HECTOR
Comment ! quelle froideur s'empare de votre âme ! Quelle glace ! Tantôt vous étiez tout de flamme. Ai- je tort quand je dis que l'argent de retour Vous fait faire toujours banqueroute à l'amour? Vous vous sentez en fonds, ergo plus de maîtresse.
VALÈRE
Ah ! juge mieux, Hector, de l'amour qui me presse. J'aime autant que jamais ; mais sur ma passion J'ai fait, en te quittant, quelque réflexion. Je ne suis point du tout né pour le mariage : Des parents, des enfants, une femme, un ménage, Tout cela me fait peur. J'aime la liberté.
HECTOR
Et le libertinage.
VALÈRE
Hector, en vérité.
Il n'est point dans le monde un état plus aimable Que celui d'un joueur : sa vie est agréable ; Ses jours sont enchaînés par des plaisirs nouveaux ; Comédie, opéra, bonne chère, cadeaux :
Il traîne en tous les lieux la joie et l'abondance : On voit régner sur lui l'air de magnificence ; Tabatières, bijoux : sa poche est un trésor : Sous ses heureuses mains le cuivre devient or.
HECTOR
Et l'or devient à rien.
VALÈRE
Chaque jour mille belles Lui font la cour par lettre, et l'invitent chez elles : La porte, à son aspect, s'ouvre à deux grands battants Là, vous trouvez toujours des gens divertissants ; Des femmes qui jamais n'ont pu fermer la bouche, Et qui sur le prochain vous tirent à cartouche : Des oisifs de métier, et qui toujours sur eux Portent de tout Paris le lardon scandaleux ; Des Lucrèces du temps, là. de ces filles veuves Qui veulent imposer et se donner pour neuves ; De vieux seigneurs toujours prêts à vous cajoler ; Des plaisants qui font rire avant que de parler. Plus agréablement peut-on passer la vie ?