ACTE III — SCÈNE XI
VALÈRE
On le voit à votre air.
LE MARQUIS
J'ai, sur certaine femme, Jeté, sans y songer, quelque amoureuse flamme. J'ai trouvé la matière assez sèche de soi ; Mais la belle est tombée amoureuse de moi. Vous le croyez sans peine : on est fait d'un modèle A prétendre hypothèque, à fort bon droit, sur elle ; Et vouloir faire obstacle à de telles amours. C'est prétendre arrêter un torrent dans son cours.
Je ne crois pas, monsieur, qu'on fût si téméraire.
LE MARQUIS
On m'assure pourtant que vous le voulez faire.
VALÈRE
Moi?
LE MARQUIS
Que, sans respecter ni rang, ni qualité. Vous nourrissez dans l'âme une velléité De me barrer son cœur.
VALÈRE
C'est pure médisance ; Je sais ce qu'entre nous le sort mit de distance.
LE MARQUIS, bas.
Il tremble.
Haut.
Savez-vous, monsieur du lansquenet.
Que j'ai de quoi rabattre ici votre caquet ?
VALÈRE
Je le sais.
LE MARQUIS
Vous croyez, en votre humeur caustique.
En agir avec moi comme avec l'as de pique.
Moi, monsieur ?
LE MARQUIS, bas.
Il me craint.
Haut.
Vous faites le plongeon, Petit noble à nasarde, enté sur sauvageon.
Valère enfonce son chapeau.
Bas.
Je crois qu'il a du cœur.
Haut.
Je retiens ma colère :
Mais...
VALÈRE, mettant la main sur son épée.
Vous le voulez donc ? Il faut vous satisfaire.
LE MARQUIS
Bon ! bon ! je ris.
VALÈRE
Vos ris ne sont point de mon goût.
Et vos airs insolents ne plaisent point du tout. Vous êtes un faquin.
LE MARQUIS
Cela vous plaît à dire.
VALÈRE
Un fat, un malheureux.
LE MARQUIS
Monsieur, vous voulez rire.
VALÈRE, mettant l'épée à la main.
Il faut voir sur-le-champ si les vice-baillis Sont si francs du collier que vous l'avez promis.
LE MARQUIS
Mais faut-il nous brouiller pour un sot point de gloire ?