‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 82 sur 345 · ACTE I — SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I — SCÈNE II

THALER

Je VOUS apporte aussi cette bouteille d'eau,

Que j'ai prise en passant dans le plus clair ruisseau.

STRABON

Une bouteille d'eau ! le breuvage est ignoble.

Ce n'est donc point chez vous un pays de vignoble ?

Tout est-il en oignons ? n'y croît-il point de vin ?

THALER

Oui-da : mais Démocrite, habile médecin,

Dit que du vin l'on doit surtout faire abstinence

Quand on veut mourir tard.

STRABON

Ah ciel ! quelle ordonnance !

C'est mourir tous les jours que de vivre sans vin. Mais laisse Démocrite achever son destin : C'est un homme bizarre, ennemi de la vie, Qui voudrait m' immoler à la philosophie. Me voir comme un fantôme ; et quand tu reviendras, De grâce, apporte-m'en le plus que tu pourras. Mais du meilleur au moins, car c'est pour un malade ; Et je boirai pour toi la première rasade. Entends-tu, mon enfant ?

THALER

Je n'y manquerai pas.

STRABON

Où donc est Criséis qui suit parfois tes pas ? J'aime encore le sexe.

Et Démocrite...

Elle est, morgue, gentille ;

144 DÉMOCRITE

STRABON

Étant, comme je crois, ta fille, Ayant de plus tes traits et cet air si charmant, Elle ne peut manquer de plaire, assurément.

THALER

Oh ! ce sont des effets de votre complaisance. Mais elle n'est pas tant ma fille que l'on pense.

STRABON

Comment donc ?

THALER

Bon ! qui sait d'où je venons tretous ?

STRABON

C'est donc la mode aussi d'en user parmi vous Comme on fait à la ville, où l'on voit d'ordinaire Qu'on ne se pique pas d'être enfant de son père ?

THALER

Suffit, je m'entends bien. Mais enfin, m'est avis Que votre Démocrite en tient pour Criséis.

STRABON

Pour Criséis ?...

THALER

Il a l'âme un tantet férue.

Bon ! bon !

THALER

Je vous soutiens que je ne suis pas grue : Je flaire un amoureux, voyez- vous, de cent pas. Je vois qu'il est fâché quand il ne la voit pas.

STRABON

Il est tout occupé de la philosophie.

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