‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 89 sur 345 · SCÈNE V CRISÉIS, DÉMOCRITE, STRABON · texte numérisé non relu

SCÈNE V CRISÉIS, DÉMOCRITE, STRABON

CRISÉIS.

Je cherche ici mon père et ne le trouve pas ; Jusque assez près d'ici j'avais suivi ses pas. Ne l'avez-vous point vu ? Dites-moi, je vous prie, Serait-il retourné ?

DÉMOCRITE, à part.

Dans mon âme attendrie, Je sens, en la vo3'ant, la raison et l'amour. L'homme et le philosophe agités tour à tour.

N'avez-vous point, la belle, en votre promenade. Donné, sans y penser, près de quelque embuscade ? On trouve quelquefois, au milieu des forêts. Des Sylvains pétillants, des Faunes indiscrets. Qui, du soir au matin, vont à la picorée, Et n'ont nulle pitié d'une fille égarée.

154 DÉMOCRITE

CRISÉIS.

Jamais je ne m'égare ; et, grâce à mon destin, Je ne rencontre point telles gens en chemin. Je m'étais arrêtée au bord d'une fontaine Dont le charmant murmure et l'onde pure et saine M'invitaient à laver mon visage et mes mains.

STRA.BON

C'est aussi tout le fard dont j'use les matins.

DÉMOCRITE

Tu vois, Strabon, tu vois ; c'est la pure nature : Son teint n'est point encor nourri dans l'imposture ; Elle doit son éclat à sa seule beauté.

STRABON

Son visage est tout neuf et n'est point frelaté.

DÉMOCRITE, à Criséis.

Ce fard que vous prenez au bord d'une onde claire Fait voir que vous avez quelque dessein de plaire.

CRISÉIS.

D'autres soins en ces lieux m'occupent tout le jour.

DÉMOCRITE

Sauriez-vous, par hasard, ce que c'est...

STRABON

CRISÉIS.

L'amour ?

STRABON

Oui, l'amour.

Quoi?

L'amour. ^

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