ACTE I — SCÈNE V
CRISÉIS.
Non.
DÉMOCRITE
Je veux vous en instruire.
A part.
Je tremble et je ne sais ce que je vais lui dire.
STRABON, à part, à Démocrite.
Quoi ! vous qui raisonnez philosophiquement. Oui parlez à vos sens impérativement.
Qui voyez face à face étoiles et planètes. Une fille vous met en l'état où vous êtes ! Vous tremblez ! Allons donc, montrez de la vigueur.
DÉMOCRITE, à part.
Tant de trouble jamais ne régna dans mon cœur.
A Criséis.
L'amour est, en effet, ce qu'on a peine à dire : C'est une passion que la nature inspire, Un appétit secret dans le cœur répandu, Qui meut la volonté de chaque individu A se perpétuer et rendre son espèce...
STRABON, à part, à Démocrite.
Pour un homme d'esprit vous parlez mal tendresse.
A Criséis.
L'amour, ne vous déplaise, est un je ne sais quoi, Qui vous prend, je ne sais ni par où, ni pourquoi ; Qui va je ne sais où ; qui fait naître en notre âme Je ne sais quelle ardeur que l'on sent pour la femme ; Et ce je ne sais quoi, qui paraît si chaiTnant, Sort enfin de nos cœurs et je ne sais comment.
CRISÉIS.
Vous me parlez tous deux une langue étrangère ; Et moins qu'auparavant je connais ce mystère.
156 DÉMOCRITE
L'amour n'est pas, je crois, facile à pratiquer. Puisqu'on a tant de peine à pouvoir l'expliquer. Mon esprit est borné : je ne veux point apprendre Les choses qui me font tant de peine à comprendre.
STRABON
En exerçant l'amour, vous le comprendrez mieux.