ACTE I — SCÈNE VI
Paraissent en vouloir plus au cœur qu'à la bourse. Sauvons-nous.
AGÉLAS, à Criséis.
Permettez qu'en ce sauvage endroit.
On rende à vos appas l'hommage qu'on leur doit ; Souffrez...
DÉMOCRITE, à Agélas.
Plus long discours serait fort inutile.
Vous êtes égarés du chemin de la ville ; Cela se voit assez : mais, quand il vous plaira, Dans la route bientôt Strabon vous remettra,
AGÉLAS.
Un cerf que nous poussons depuis trois ou quatre heures Nous a, par les détours, conduits dans ces demeures ; Et j'ai mis pied à terre en ces lieux détournés...
DÉMOCRITE
Vous êtes donc chasseurs ?
AGÉLAS.
Des plus déterminés.
DÉMOCRITE
Ah ! je m'en réjouis. Prendre bien de la peine, Se tuer, s'excéder, se mettre hors d'haleine ; Interrompre au matin un tranquille sommeil ; Aller dans les forêts prévenir le soleil ; Fatiguer de ses cris les échos des montagnes ; Passer en plein midi les guérets, les campagnes ; Dans les plus creux vallons fondre en désespérés, Percer rapidement les bois les plus fourrés ; Ignorer où l'on va, n'avoir qu'un chien pour guide, Pour faire fuir un cerf qu'une feuille intimide ; Manquer la bête enfin, après avoir couru. Et revenir bien tard, mouillé, las et recru.
158 DÉMOCRITE
Estropié souvent : dites-moi, je vous prie, Cela ne vaut-il pas la peine qu'on en rie ?
AGÉNOR
Ces occupations et ces nobles travaux Sont les amusements des plus fameux héros ; Et lorsqu'à leurs souhaits ils ont calmé la terre, Ils mêlent dans leurs jeux l'image de la guerre.
Mais, sans trop témoigner de curiosité.
Peut -on savoir quelle est cette jeune beauté ?
STRABON
De quoi vous mêlez- vous ?
AGÉLAS.
On ne peut voir paraître Un si charmant objet, sans vouloir le connaître.
STRABON
Allez courir vos cerfs, s'il vous plaît.
AGÉNOR
Sais-tu bien A qui tu parles là ?
STRABON
Moi, non, je n'en sais rien.
AGÉNOR
Sais-tu que c'est le roi ?
STRABON
Le roi ! Soit. Que m'importe ?
AGÉNOR
Mais voyez ce maraud, de parler de la sorte !