ACTE IV, SCÈNE VllI. li
.l'y surprends un projet que j'admire et je blâme. Vous juriez ce matin de nous suivre au trépas. Vous trompez Edouard ; vous ne m'abusez pas.
HARCOORT.
Kh bien ! s'il étoit vrai ce projet équitable
<^ui, sauvant l'innocent, devoueroit le coupable?...
A u R É L E , iiiitcnoinjiant.
Quoi! je consentirois?...
s A I N T-p I E R R E, à Ilavcourt.
Vous oseriez penser?...
HARCOURT, l'interrompant impétueusement, en montrant Aurèle.
Il doit y consentir. Vous l'y devez forcer. Je conçois vos refus; j'entreprends de les vaincre : c'est peu de vous toucher, j'aspire à vous convaincre. Le temps presse : écoutez. Ce n'est point vous, héia-; ! Intrépide vieillard , que j'arrache au trépas. L'bouneur peut murmurer que ce grand sacrifice Soit votre digne ouvrage, et sans vous s'accomplisse ; Je le sais : mais ce fils , qu'au milieu des tourments Un zèle aveugle immole , à la Heur de ses ans, Lui que dans votre cœur réclame la nature, Lui , ce héros naissant , dont la grandeur future Aux vœux de nos guerriers s'annonce avec éclat. Vous devez ses vertus aux besoins de l'état. Choisissez entre nous comme choisit la France. Croyez-vous qu'un moment sa justice balance. Qu'elle souffre qu'un sang si cher à son amour Par mes crimes deux fois soit versé dans un jour Mourant sans votre fils votre gloire est la même
i58 LE SÎÉGE DE CALAIS.
Et si %'ous m'admettez à cet honneur suprême, Quels que soient mes forfaits, je les répare tous: C'est un laurier de plus pour la France et pour vous. Songez sur-tout , songez qu'à ce jeune courage Des fruits de votre mort vous devez l'héritage. Avec combien d'ardeur on verra nos Français Suivre aux combats le fils du héros de Calais ! Pour ses heureux talents quelle vaste carrière ! Ah! voyez-le venger sa fsmille et son père, Voyez-le s'ennoblir au milieu des lauriers , Monter sur votre tombe au rang des chevaliers, Et fonder de héros une race nouvelle , Digne , dans tous les temps , d'une source si belle , Se vouant d'âge en âge à la gloire des hs , Et que vous immoliez dans ce vertueux fils !...
{voyatit que Saint-Pierre s'attendrit. ) Eh bien ! ce tendre espoir vous arrache des larmes. ( avec transport, à Aurele, en lui présentant son épée. ) Pars : accepte ce fer; rend l'honneur à mes armes.
Moi tromper Edouard , fuir et me parjurer? De mon père expirant oser me séparer?... Moi qui m'étois flatté qu'une pitié soudaine, Voyant tomber ma tète, épargneroit lasiennel*
riARCOU RT.
Tu redoubles ses maux en y joignant les tiens.
A UR éle.
Je soulage mes maux en partageant les siens.
HARCOURT
L'espoir de le venger ..