I.'n pontife m'exhorte à violer ma foi
Des chrétiens mieux que lui je connois donc la loi?
Dieu dit à tout sujet quand il lui donne l'être :
« Sers, pour me bien servir, ta patrie et ton maître:
.' Sur la terre à ton roi j'ai remis mon pouvoir ;
.c Vivre et mourir pour lui c'est ton premier devoir. »
i88 GASTON ET BAYARD.
En rappelant nos cœurs à cette loi suprême ,
Un pontife devient l'organe de Dieu même;
Mais, seigneur, quand sa voix combat l'ordre du ciel,
C'est l'homme alors qui parle, et l'homme criminel.
En vain d'un rang sacré Jule exalte l'empire.
Lui qui , soufflant par-tout la fureur qui l'inspire,
Du pied des saints autels embrase l'univers;
Lui dont le front blanchi par quatre-vingts hivers,
Etale dans un camp le mélange bizarre
De l'airain des guerriers au lin de la tiare;
Qui dans MiranJe enfin vint lui-même assiéger,
Dépouiller l'orphelin qu'il devoit protéger.
Ne croyez pas pourtant que mon erreur sinistre
Ilejette sur l'autel l'opprobre du ministre.
Dépend-il en effet des vices d'un mortel
De dégrader le nom, les droits de l'Éternel?
Sont-ils moins saints pour nous quand Jule les profane?
Le crime avilit-il la loi qui le condamne?
Je sépare deux noms qu'on veut associer;
Je révère un pontife et combats un guerrier.
Quant à Maximilien , que pourrois-je en attendre?
Il ne séduiroit pas un cœur fait pour se vendre.
Ferdinand s'applaudit alors quil trompe un roi:
Est-ce avec un soldat qu'il garderoit sa foi?
Pour Venise, il est vrai, j'estime son courage:
Surprise par la foudre, elle a bravé l'orage.
Au sénat des Romains jaloux de ressembler,
Son sénat vit sa perte et sut n'en point trembler.
Entre ses ennemis sa politique habile
Sema par l'intérêt une discorde utile.