‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 140 sur 325 · ACTE I, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE IV

De ce Jule , autrefois son ardent oppresseur, Venise maintenant se fait un défenseur.

Et sait contre f.ouis armer pour sa querelle Tous les rois qui d'abord armoieut Louis contre elle. Mais l'Europe verra le monarque français Trahi par ses égaux , et non par ses sujets. Vous connoissez ce roi si digue <le sou tiône : Qu'il a de droits sur nous, sans ceux, de sa couronne! L'amour jusqu'au transport naît à son doux aspect; Jamais jusqu'à la crainte on ne sent le respect. Coeur intrépide et tendre, ame simple et sublime, iiienfaiteur de la terre, et guemer magnanime, Il défend les états qu'il tient de ses aïeux; -Mais il est né trop grand pour être ambitieux. Jule a pu soupçonner ce généreux système; On doute des vertus qu'on n'auroit |>as soi-mê'ne. On croit que Louis veut tout ce qu'il peut voul lir. Qu'un roi règle toujours ses droits sur son pouvoir. Un monarque, un Français, refuser la victoire! Je pardonne aux mortels d'être lents à le croire. Vous, qui sous d'autres rois voulez me voir servir, Vous choisiriez le mien, si vous pouviez choisir.

URBIN

J'admire votre maître et ses vertus augustes ;

Ses froideurs envers vous n'en sont pas moins injustes.

Pour tant d'autres guerric rs s'ouvrint de toute part,

.Sa main semble toujours s'écarter de Bavard.

Eh ! quel est, dites-moi , le prix de vos services?

Eux-mêmes. Je sais voir, en dédaignant leurs vices,

igo GASTON ET BAYARD.

Des guerriers courtisans disputer les faveurs ,

Mendier les trésors même avant les honneurs;

Et, toujours mécontents des grâces qu'ils reçoivent ,

Vendre à leur souverain des talents qu'ils lui doivent

Si Louis donne enfin à l'importunité

Ce que la vertu simple avoit mieux mérité,

Pour garder à l'état ses appuis nécessaires;

Des cœurs intéressés les rois sont tributaires.

Il faut qu'en les plaignant leurs plus dignes sujets

Laissent au plus avide emporter les bienfaits;

Et j'aime mieux, seigneur, qu'on dise avec justice,

« Louis doit à Bayard le prix d'un long service, »

Que si la France et vous en secret murmuriez

De voir des biens publics mes exploits trop payés.

{avec chaleur.) Mais, que dis-je? A mon choix Louis rae récompense : Dès qu'il voit un laurier, il l'offre à ma vaillance; Dès que pour la patrie il craint quelque hasard, Le poste du péril est celui de Bayard ; Il rae met le premier sous l'aile de la gloire; Il veut tenir de moi sa première victoire. Son jeune successeur, ce généreux Valois, Oui soupire, en secret, au bruit de nos exploits, Dans les armes déjà m'a choisi pour son père; Il veut qu'arbitre un jour de sa vertu guerrière Un sujet donne aux rois le sceau de la valeur. Où sont les dignités qui valent cet honneur?

URBIN

Pourquoi donc , aujourd'hui que la France en alarmes Voit tant de rois ligués l'accabler de leurs armes.

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