BAYA RU
La terreur, quand Xemours traversant tant d'états,
2o6 GASTON ET BAYARD.
Vengeur de deux cités, vainqueur dans trois combats.
Dompte en si peu de jours, par un talent suprême.
Et tout l'art des humains et la nature même?
Grâce à leur nouveau chef, qui finit leur malheur,
La gloire des Français égale leur valeiu*.
Ils craignoient pour Milan ; Jule tremble pour Rome :
( en montrant Gaston ) Et c'est la même armée ; on n'y changea qu'un homme.
GASTON
Cet homme à son bonheur doit bien plus qu'à son art. Avec de tels guerriers que n'eût point fait Bayard?
BATARD, vivement.
Moi? Vos huits derniers jours valent ma vie entière. Votre marche savante est un coup de lumière Qui montre un art nouveau que vous sevil possédiez: Je mesurois l'obstacle, et vous le surmontiez.
GASTO^^ J'ai dû mon vol rapide à mes rigueurs utiles. J'ai banni de mon camp ce vain luxe des villes, Qui, retardant toujours la course des héros, Amollissoit des bras formés pour les travaux. A ces mâles guerriers, peu jaloux de leurs chai'mes , Le luxe que j'ordonne est l'éclat de leurs armes.
( aux chevaliers. ) Amis, pour peu d'instants suspendons le combat; Quatre heures suffiront aux besoins du soldat. Je veux dans Bresse même assaillir cette armée A l'ombre de ces tours lâchement renfermée, Qui devroit, déployant ses bataillons nombreux ^ Presser ma foible troupe, et l'écraser entre eux
ACTi: II, SCÈNE m. ao;
Ce prodige nouveau doit tenter ma vaillance. Aux exploits de Fornouc accoutumons la France: Charle v brava l'effort de trois puissants états, Et fit plus de captifs qu'il n'avoit de soldats.
( avec une joie douce. ) Chevaliers , je réclame une autre loi chérie: On plaît à la beauté quand on sert la patrie. Voyons avec éclat qui de nous en ce jour Saura par plus d'honneur mériter plus d'amour.
[vivement , en montrant Euphémie. ) Voilà le digne objet de ma flamme fidèle, D'une ardeur que Louis permet que je révèle: Dès long-temps mon hommaf;e a su plaire à ses yeux.
BATARD, à part.
Ciel:
GASTON, plus vivement , aux chevaliers.
Si ce jour peut voir mon front victorieux , Demain je veux unir, dans Bresse encor sanglante, A sa main vertueuse une main triomphante; Et dans Naples bientôt, la guidant avec vous, Pour la mieux mériter couronner son époux.
BA YABD.
Son époux? Vous, seigneur?
GASTON
D'où naît votre surprise'.
BATARD
Vous connoissez Bayard, et quelle est sa franchise? Prince, j'aime Euphémie, et l'aime avec fureur!
G A s T o .\ , avec dou leur.
Qui? vous?... Me l'enlever, c'est m'arracher le cœur!
2o8 GASTON ET BAYARD.
B AYARD , avec passion, mais sans éclat. Ah! qui veut me l'ôter me doit ôter la vie!
GASTON
Bayard !
EUPHÉMIE
Eh! modérez...
BATARD, l'interrompant avec humeur.
Vous l'aimiez, Euphémie?
Vous me cachiez vos feux? et j'en suis plus jaloux ! Mais respectez ici les droits que j'ai sur vous. La foi de votre père à ma foi vous engage, Et je sais conserver le prix de mon courage. G KST o^ , vivement.
( en montrant Euphémie. ) Mes titres sont égaux... mon courage et son choix...,
( plus tranquillement. ) Nemours, comme Bayard, sait conser\'er ses droi(s.
BATARD
Eh bien! seigneur, il faut... Mais mon devoir m'impose. Votre nom, votre rang...
GASTON, l' interrompu nt.
Mon rang? je le dépose; Et l'amour et l'honneur vous rendent mon égal.
BATARD
Ah ! vous m'êtes plus cher que mon premier rival !
GASTON
Comment ! que dites-vous?
BATARD, avec force.
Ce qu Euphémie ignore.
J'ai disputé sa main contre Sotomaïore :